Proustonomics https://proustonomics.com Cent ans avec Marcel Proust Mon, 13 Jul 2020 07:26:45 +0000 fr-FR hourly 1 https://wordpress.org/?v=5.4.2 https://i1.wp.com/proustonomics.com/wp-content/uploads/2019/04/P.png?fit=32%2C32&ssl=1 Proustonomics https://proustonomics.com 32 32 161061539 Le Cahier de L’Herne Proust à paraître en janvier 2021 https://proustonomics.com/le-cahier-de-lherne-proust-a-paraitre-en-janvier-2021/ https://proustonomics.com/le-cahier-de-lherne-proust-a-paraitre-en-janvier-2021/#respond Mon, 13 Jul 2020 05:50:00 +0000 https://proustonomics.com/?p=8704 Le Cahier de l'Herne Proust paraîtra en janvier 2021. Il rassemble des inédits et des contributions originales sous la direction de Jean-Yves Tadié.

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Je vous avais annoncé, à l’occasion de mon entretien avec Jean-Yves Tadié à l’automne dernier, la parution imminente du Cahier de L’Herne Marcel Proust. Cet ouvrage, qui rassemble de nombreux inédits et des contributions des plus grands spécialistes de Proust, paraîtra finalement en janvier 2021.

Étrangement, les éditions de L’Herne n’avaient jamais consacré un Cahier à l’auteur de Pastiches et mélanges : cette incongruité est désormais réparée et Proust rejoint Conrad, Cocteau, Céline, Beckett, Michaux, Strindberg et tant de noms prestigieux de la littérature, de la philosophie ou de l’anthropologie qui figurent déjà au catalogue.

« Proust et… »

La réalisation du Cahier a été confiée à Jean-Yves Tadié, qui a rassemblé des textes rares, inédits ou introuvables (Curzio Malaparte, Stephen Hudson, Céleste Albaret…), et passé commandé de contributions originales à certains chercheurs incontournables comme Nathalie Mauriac-Dyer, Pyra Wise, Isabelle Serça, Mireille Naturel, Luc Fraisse, Antoine Compagnon ou Jean-Marc Quaranta, des auteurs prestigieux tels Pierre Bergounioux, Gérard Macé, Thierry Laget, Jacques Réda, Michel Schneider. Selon Jean-Yves Tadié, la formule « Proust et… » constitue grosso modo le fil rouge de ce Cahier, c’est-à-dire la rencontre de l’écrivain avec un autre auteur, un artiste ou un musicien particulier, voire un concept ou un domaine. Ainsi Thierry Laget a‑t-il planché sur deux de ses grandes passions, Proust et Stendhal, tandis qu’Olivier Wickers évoque Proust et Carpaccio. J’ai l’honneur de figurer dans cet ensemble critique, et j’y traite en profondeur l’énigme de la présence de la Recherche dans le film de Sergio Leone Il était une fois en Amérique.

Présence-absence de Reynaldo Hahn

S’il ne figure pas nommément dans la Recherche, Reynaldo Hahn n’a pas été oublié dans le Cahier. Jean-Yves Tadié regrettait, dans notre entretien, que les esquisses publiées dans l’édition de la Pléiade ne soient pas lues davantage, et c’est par l’étude d’une esquisse que Nathalie Mauriac-Dyer a justement choisi d’évoquer la présence-absence de Reynaldo Hahn :
« Oui, je crois qu’il y a encore beaucoup de choses à découvrir mais moi-même j’oublie des choses qui s’y trouvent [dans les esquisses], et qui sont très intéressantes. Par exemple, vous verrez dans le cahier de l’Herne sur Proust à paraître, l’article de Nathalie Mauriac qui est extrêmement intéressant où elle évoque la disparition de l’audition d’une mélodie de Reynaldo Hahn, par le Narrateur, avec un phénomène de mémoire, qui se trouve dans notre édition Pléiade, dans les esquisses, et qui se trouve même dans les placards Grasset des Jeunes filles et qui a été supprimé… remplacé par autre chose, non pas supprimé, mais ça a évolué et le nom de Reynaldo Hahn et le titre de la mélodie ont complètement disparu. Voilà donc des choses qui se trouvent dans les esquisses de la Pléiade qui sont intéressantes et, quand je veux faire une conférence sur un point technique, je regarde ces brouillons parce que parfois les choses sont plus explicites, plus diffuses, plus pédagogiques, et donc c’est utile ».

En souscription à la SAMP

En marge de ces contributions, on trouvera également une présentation des cahiers 2, 34, 46, 64 et 74. Enfin, Jérôme Bastianelli, président de la Société des Amis de Marcel Proust présente les lettres de Proust à Louis d’Albufera, en sus d’un texte sur Proust et Ruskin.
Sachez que si vous êtes membre de la Société des Amis de Marcel Proust, vous pouvez acquérir ce volume en souscription au tarif de 25€ et compter sur une livraison avant Noël. De quoi mettre Proust sous le sapin.

Au sommaire Cahier de L’Herne Proust : Céleste Albaret · Pierre Assouline · Carole Auroy · Henri Bardac · Sophie Basch · Jérôme Bastianelli · Sébastien Baudoin · Fred Bérence ·Pierre Bergounioux · Julien Bogousslavsky et Illan de Casa Fuerte · Jacqueline Cerquiglini-Toulet · Antoine Compagnon · Céline Cottin · Michel Crépu · Le Docteur Le Masle · Michel Erman · Luc Fraisse · Nathalie Freidel · Rubén Gallo · Denis Grozdanovitch · Reynaldo Hahn · Stephen Hudson · Marcel L’Herbier · Thierry Laget · Cécile Leblanc · Gérard Macé · Curzio Malaparte · Nathalie Mauriac-Dyer · Laure Murat · Mireille Naturel · Eugène Nicole · Harold Nicolson · Jean-Pierre Ollivier · Gustave Roussy · Jean-Marc Quaranta · Nicolas Ragonneau · Jacques Réda · Pierre-Louis Rey · Marie Riefstahl-Nordlinger · Pierre-Edmond Robert · Tadeu Rocha · Édouard Roditi · Maurice Rostand · Violet Schiff · Michel Schneider · Isabelle Serça · Perrine Simon-Nahum · Laurent Tatu · Valentine Thomson · Yves Uro · Olivier Wickers · Pyra Wise · Kazuyoshi Yoshikawa

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« Ce que j’ai appris de Proust » https://proustonomics.com/ce-que-jai-appris-de-proust/ https://proustonomics.com/ce-que-jai-appris-de-proust/#respond Fri, 10 Jul 2020 06:00:00 +0000 https://proustonomics.com/?p=8649 Jacques Perry-Salkow, qui détient le record du plus long palindrome en langue française, rend hommage à Marcel Proust le jour de son anniversaire.

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Jacques Perry-Salkow © Natacha Giraldo

Jacques-Perry Salkow, musicien, virtuose de l’anagramme et de la littérature à contraintes, coauteur de  Sorel Éros (Rivages, 2020), le plus long palindrome de l’histoire de la langue française, rend hommage à Marcel Proust.

Il me semble que le poète cherche à nommer le réel, ou du moins à dire quelque chose de lui. Il l’exprime au moyen d’une « jolie phrase », pour parler comme Proust. Car Proust lui-même le dit : c’est sous la forme de mots qui lui font plaisir que les choses lui apparaissent. Par suite, quand il a fini d’écrire, il se trouve heureux, comme si l’écriture l’avait parfaitement débarrassé de la réalité et de ce qu’elle cachait derrière elle.

Cela, je l’ai entrelu dans l’épisode des clochers de Martinville, « nobles silhouettes » que le petit Marcel distingue au soleil. J’ai compris tout à coup que cette poésie incluse dans les choses ne se découvrait entièrement à l’écrivain que lorsqu’il les avait formulées en phrases. La révélation était de taille. Ce jour-là, À la Recherche du temps perdu m’a appris quel suprême bonheur je pouvais attendre des lettres. Cette leçon valait bien une anagramme, sans doute.

Valentin Louis Georges Eugène Marcel Proust
Il songe à l’urgence, il songe au temps retrouvé.

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Qui a dit quoi sur Marcel Proust ? le quizz https://proustonomics.com/qui-a-dit-quoi-sur-marcel-proust-le-quizz/ https://proustonomics.com/qui-a-dit-quoi-sur-marcel-proust-le-quizz/#comments Sun, 05 Jul 2020 06:00:00 +0000 https://proustonomics.com/?p=8552 Qui a dit quoi sur Proust ? Un nouveau quizz à partir de 25 citations d'écrivains, d'artistes et de personnalités qui évoquent Marcel Proust.

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Après le succès du grand quizz Marcel Proust, je vous propose un nouveau jeu sous forme de QCM (Questionnaire à Choix Multiple). La Recherche et Proust peuvent être honnis comme adulés : tour à tour vachardes, dithyrambiques, étranges, scandaleuses, méconnues ou drôles, voici 25 citations glanées spécialement pour vous. Montrez-moi votre expertise en trouvant qui a dit quoi sur Proust.

En bien ou en mal, ils parlent ainsi de Proust… le jeu des citations

25 questions pour 25 citations à attribuer.
Durée : 10 minutes
Jouez, et partagez !

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Entretien avec Philippe Garbit https://proustonomics.com/entretien-avec-philippe-garbit/ https://proustonomics.com/entretien-avec-philippe-garbit/#comments Wed, 24 Jun 2020 11:15:00 +0000 https://proustonomics.com/?p=8486 Entretien avec Philippe Garbit : le producteur des "Nuits de France Culture" a gratifié les auditeurs de programmes légendaires sur Marcel Proust.

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Philippe Garbit dans l’objectif de Philippe Abramowitz.

Parmi toutes les ressources proustiennes disponibles, la radio occupe une place très intéressante aux côtés de la bibliographie critique et des films documentaires. Sur France Culture tout particulièrement, et depuis la création de la station sous ce nom en 1963, les émissions de qualité consacrées à Marcel Proust ont été innombrables. C’est surtout à Philippe Garbit, producteur des « Nuits » que l’on doit les programmes autour de Proust les plus mémorables de ces quarante dernières années, le plus récent étant cette Grande Traversée de plus de sept heures en compagnie de Céleste Albaret diffusée à l’été 2019. Cela valait bien un entretien avec ce proustophile discret mais ardent.

Les habitués de France Culture connaissent votre voix et votre nom, puisque vous êtes à la radio depuis 1982. Mais quel a été votre parcours ?
Il me semble avoir suivi des études de lettres à Censier, il y a quelques décennies — il me semble, parce que la faculté était fréquemment en grève, les professeurs parfois absents, les horaires compliqués ; de toute façon je préférais relire les auteurs que j’aimais, ou ceux dont je n’avais lu que quelques pages dans le Lagarde et Michard. Bref, des études un peu bâclées, mais instructives. Et puis, en dehors de la vie privée et donc amoureuse, j’écoutais France Culture.

Je crois que c’est tout simple : aimer Proust est une passion littérairement exclusive, mais pouvoir, devoir lire « autre chose » est une nécessité.

Quand on regarde en ligne toutes les émissions disponibles que vous avez produites, on est frappé par votre éclectisme mais, sans avoir analysé vraiment les choses, j’y vois des sujets assez récurrents comme le roman policier, les feuilletons et la littérature populaire.
Si l’on se fie, en effet, aux « traces », sur Internet, des sujets que j’ai pu traiter pour les Nuits de France Culture, la littérature populaire, les romans policiers, les romans de mystère et d’aventures semblent en effet m’occuper vivement l’esprit… mais toutes ces pages concernant les Nuits sont récentes — quelques années, sans doute — et ne font pas apparaître d’autres sujets de préoccupation littéraire et radiophoniques antérieurs aux Nuits… j’ai ainsi produit des émissions sur le Prince de Ligne, Boulgakov, Lorenzo da Ponte, Philippe de Commynes, et des dizaines d’autres ! …et puis, pour expliquer la fréquence des feuilletons disons « populaires » dans les Nuits, il faut comprendre que les Nuits en question doivent être nourries d’archives… et, oui, et tant mieux, le genre populaire a toujours été un genre radiophonique riche. Cela dit, j’aime beaucoup Fantômas, Rouletabille, Arsène Lupin, Sherlock Holmes, le Père Brown, l’inspecteur Lecoq, Nestor Burma, Rocambole, Hercule Poirot, etc… (mais aussi Fantômette, le Club des 5, Sylvain et Sylvette…). Pas nécessairement parce que j’ai fréquenté ces personnages durant l’enfance et l’adolescence, mais plutôt, j’en suis sûr, parce que les écrivains qui les ont mis en scène ne souffrent pas de la comparaison avec Proust !
Ne pas souffrir la comparaison avec Proust ? Évidemment, cela ne veut pas dire être l’égal de Proust, encore moins lui être supérieur ! Dans la marge d’une dissertation, le professeur me demanderait de préciser ma pensée…  Je crois que c’est tout simple : aimer Proust est une passion littérairement exclusive, mais pouvoir, devoir lire « autre chose » est une nécessité.

Proust est un autre sujet de prédilection. Quelle a été votre expérience de lecteur de Proust ? Avez-vous commencé par la Recherche ?
Nous arrivons donc à Proust… (Et, comme de bien entendu, la première émission que j’ai produite à France Culture était consacrée à Proust…). La Recherche était bien en place dans la bibliothèque familiale, dans la collection blanche. Mais c’est mon professeur de français (on dit toujours « mon » professeur, jamais « notre » professeur) qui m’a fait (qui nous a fait) étudier Un amour de Swann en première. la fin de l’année j’ai commencé à acheter les tomes de la Recherche dans l’édition Livre de Poche Hachette, avec leurs couvertures reproduisant des pages du manuscrit et des photos de Proust enfant, adolescent, etc… Et j’ai passé l’été précédant l’entrée en Terminale avec le Narrateur. Par chance on ne reprenait le lycée qu’à la mi- septembre, j’ai pu achever Le Temps retrouvé à temps…

Cette lecture de la Recherche, vous l’avez faite dans l’édition Clarac-Ferré ?
Oui, Clarac-Ferré — si le Livre de Poche reprenait l’édition de la Pléiade. J’ai évidemment conservé les 7 volumes, mais, comme l’on dit, « ils sont à la campagne, je ne les ai pas sous les yeux ».

Et votre première émission de radio consacrée à Proust, de quoi s’agissait-il ?
Une Nuit magnétique, en 1983,  émission que j’avais titrée, fort scolairement, « A la recherche d’un film proustien ».
Volker Shchlöndorff tournait alors Un amour de Swann, avec Jeremy Irons, Ornella Muti, Alain Delon, etc… Nicole Stéphane, qui détenait les droits d’À la recherche du temps perdu depuis des années produisait ce film, après avoir proposé à Visconti, puis Losey, d’adapter et de filmer l’œuvre dans son intégralité… ou presque. J’avais donc interviewé Suso Cecchi d’Amico pour me parler du scénario qu’elle avait écrit avec Visconti… et Nicole Stéphane, qui, je le comprenais bien, ne souhaitait évoquer que le film en production, l’histoire de Charles et Odette,une petite goutte d’eau (géniale) dans l’oeuvre. Les projets avec Visconti et Losey avaient échoué pour diverses raisons, j’avais sous les yeux les deux scénarios (ils ont été publiés, depuis) et je m’en régalais… surtout en lisant le projet de Visconti — et la distribution annoncée… (Marlon Brando en Charlus, tout de même…).
J’avais également interviewé le scénariste de Schlöndorff : Jean-Claude Carrière m’indiquait ce qu’il avait retenu de ce roman dans le roman… et peut-être, face à lui, ai-je manifesté la déception de tous les prousto-viscontiens de ne jamais pouvoir assister aux 5 ou 6 heures de projection que ce projet nous aurait réservé…
Et puis — et c’était je suppose la véritable raison d’enregistrer cette Nuit magnétique — j’ai rencontré et interviewé Suzy Mante-Proust, la nièce ! Chez elle, avenue Van-Dyck, à l’entrée du Parc Monceau. Derrière elle, au mur, je pouvais voir le portrait de son oncle par Jacques-Emile Blanche.  Grande émotion (de midinette, je le reconnais) !

[…] quelqu’un, donc, a déposé ces trésors à la Bibliothèque Nationale de France, j’ignore quand précisément… bien sûr, on pourrait enquêter, je suppose qu’il existe une fiche administrative très précise, mais je préfère ce léger mystère…

J’imagine que la Grande Traversée consacrée aux entretiens avec Céleste Albaret, diffusée à l’été 2019, occupe une place à part dans la liste de vos émissions proustiennes. Quelle est l’histoire de ces 49 heures inédites, retrouvées à la BnF ?
J’ai lu Monsieur Proust, dès sa parution, évidemment. Tout de même !  Céleste Albaret ! cette femme dont nous étions, nous aussi, contemporains, cette femme qui avait vécu chez Marcel Proust, qui apparaissait dans la Recherche ! Certes, elle avait été interviewée à la radio, à la télévision, ou pour des écrits sur Proust, mais jamais dans la longueur : et voici que Georges Belmont avait songé à faire ce livre avec elle ! 
Bien plus tard, je suis entré à France Culture, Proust revenait régulièrement dans mes émissions, l’occasion de relire tel ou tel passage, de rencontrer tel ou tel érudit… mais jamais je n’avais songé à ce qu’étaient devenus les enregistrements.
« Quelqu’un » — je ne sais pas qui, je ne mens pas, et Sophie Belmont, la fille de Georges Belmont, n’en sait pas plus (c’est moi qui lui ai appris l’apparition de ces bandes magnétiques) — quelqu’un, donc, a déposé ces trésors à la Bibliothèque Nationale de France, j’ignore quand précisément… bien sûr, on pourrait enquêter, je suppose qu’il existe une fiche administrative très précise, mais je préfère ce léger mystère… Ces enregistrements n’ont pas été déposés de nuit, anonymement, à l’une des portes du Site François-Mitterrand, c’est certain.
Bref, la BnF numérise les enregistrements… et, un beau jour, Nathalie Mauriac me signale l’existence de ces 49 heures. Pour le plaisir de qui se trouvent-elles là, ces 49 heures ? Pour des chercheurs, certes, et, soudain, pour mon régal personnel ; puis je pense — avec beaucoup d’altruisme — aux auditeurs de France Culture ! J’en parle à Sandrine Treiner, directrice de France Culture, très vite intéressée… et voilà.

Comment avez-vous choisi ce qui serait diffusé ? Quelle est la méthode retenue, et que vous inspire ce témoignage extraordinaire ?
Donc, j’écoute. Première joie, les enregistrements sont d’excellente qualité ; deuxième joie, la voix de Céleste Albaret est assurée, pleine d’humour, de tendresse, d’intelligence. Elle s’exprime comme elle devait s’exprimer entre 1913 et 1922…
À la radio, à la télévision, dans les années 50 ou 60, sa voix faisait « mémé », elle avait le trac, ou elle récitait son texte. Grâce à Belmont, au début des années 70, elle est naturelle, mise en confiance, et quelle mémoire !
 Nous sommes donc en 1972 (le livre est sorti en 1973) : 1971, c’était l’année du centenaire de la naissance de Proust, et Céleste Albaret a dû alors entendre ou lire beaucoup de témoignages qui l’ont irritée, sans parler de la biographie de Painter ; Belmont, habilement, avec ruse, jouant lui-même les indignés, lui en lit des passages, qui la font ricaner, qui l’irritent, et la font réagir : « Po po po p o ! je vais vous dire, moi, comment ça s’est passé ! ». Et quand elle ne sait pas, quand on lui parle de Proust hors du 102, boulevard Haussmann, du 8, bis rue Laurent-Pichat ou du 44, rue Hamelin, eh bien elle ne sait pas . « Là, je ne peux pas vous dire ». J’écoute, puis je réécoute, bien sûr. Je noteDès la fin 2018 je sais que ces entretiens nourriront une « Grande Traversée » pour l’été suivant. Je connais le format : 5 x 1h50. Chaque jour, on entendra durant 1h30 Céleste Albaret et Georges Belmont. Les 20 minutes restantes, tel un entracte, accueilleront un entretien avec une proustienne ou un proustien… Évidemment Nathalie Mauriac, Jean-Yves Tadié, et aussi Stéphane Heuet, Ivan Morane. 
D’un côté 48 ou 49 heures de bandes, d’un autre côté, calculons… 7h30 à diffuser. 
Je me lance dans une troisième écoute, intégrale, carnet de notes en main…! Georges Belmont revenait sur des détails, se faisait préciser telle ou telle visite, tel souvenir. C’était utile pour le livre, mais pas pour la radio. Je choisis, en oubliant le livre. Je pense avoir conservé et fait entendre le meilleur, bien sûr, en tout cas l’essentiel ! Ce que les auditeurs n’ont pas entendu, ils peuvent le trouver dans le livre de Belmont. Du moins, je le suppose car je n’ai pas relu Monsieur Proust depuis ce travail. Irremplaçable, ce témoignage. Nous n’avons pas la voix de Marcel Proust, mais nous avons, souvent, Céleste Albaret parlant comme Marcel Proust (on le suppose, et c’est ce que l’on cherche).

On dit souvent que Proust est un écrivain qui éduque le regard, mais il éduque tout aussi bien l’oreille. En tant qu’homme de radio, est-ce que Proust vous a appris à écouter, est-ce qu’il vous a appris quelque chose sur la voix humaine ?
C’est étrange… Proust est tellement au-dessus de tous les autres écrivains (retour aux premières questions !) qu’il nous fait croire, souvent, qu’il est notre propre traducteur, ou révélateur. Proust imitait, paraît-il, bien des gens. On n’en doute pas en lisant Odette, Oriane, Saint-Loup, Albertine… puisqu’on les entend, très distinctement…

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Proust en islandais, une histoire inachevée https://proustonomics.com/proust-en-islandais-une-histoire-inachevee/ https://proustonomics.com/proust-en-islandais-une-histoire-inachevee/#respond Tue, 16 Jun 2020 06:10:00 +0000 https://proustonomics.com/?p=8434 La traduction de la Recherche en islandais par Pétur Gunnarsson est une histoire inachevée, qui s'est arrêtée après Du côté de chez Swann.

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Pétur Gunnarsson, écrivain et traducteur de Proust en islandais.

L’histoire de la traduction islandaise de Du côté de chez Swann par Pétur Gunnarsson (Bjartur, 1997) illustre toutes les difficultés de traduire la Recherche dans de petites langues, quelle que soit la bibliophagie des lecteurs.

À la fin du XVIIIe siècle, plus de 80% de la population islandaise était alphabétisée. Un chiffre impressionnant, notamment dû au rôle éducatif de l’église luthérienne et à une population peu nombreuse, environ 47000 habitants, soit la population actuelle de la ville de St-Malo, cependant disséminée sur un territoire autrement plus vaste. On dit à juste titre que raconter des histoires, de façon orale ou écrite, est un sport national en Islande : les sagas islandaises (traduites notamment en français par Régis Boyer) sont ainsi à la narration ce que le marathon est à l’athlétisme. Elles constituent un héritage littéraire majeur, et qui est toujours facilement accessible aux Islandais d’aujourd’hui grâce à l’incroyable stabilité de la langue islandaise. Qui en France peut lire les textes médiévaux dans leur version d’origine ?
La langue en Islande, peut-être plus que partout ailleurs, est synonyme d’identité, et ce bien avant l’indépendance et la création de la République en 1944, quand l’île s’affranchit définitivement de la couronne du Danemark. 

Protectionnisme et soft power

En 2018, la population islandaise était de 345 000 habitants, soit environ 7,3 fois celle de la fin du XVIIIe siècle. Mais, malgré cette multiplication des locuteurs en deux siècles, l’Islande demeure en état d’insécurité linguistique, amplifiée par la mondialisation et la domination de l’anglais. C’est la raison pour laquelle l’île se doit d’assurer un protectionnisme sévère de sa langue, et se doit aussi d’innover en créant de nouveaux substantifs pour que l’islandais reste parfaitement actuel et ancré dans le réel. Et dans un même mouvement, certes paradoxal, la mondialisation et la circulation de l’information permettent à l’Islande de faire connaître sa culture dans le monde entier. La chanteuse et actrice Björk est évidemment la figure de proue de ce soft power islandais, mais les arts plastiques et la littérature ne sont pas en reste : les écrivains Yrsa Sigurðardóttir, Arnaldur Indriðason, Auður Ava Ólafsdóttir, Hallgrímur Helgason, Lilja Sigurðardóttir, Eiríkur Örn Norðdahl, Árni Þórarinsson ou Ragnar Jónasson sont traduits dans le monde entier, certains d’entre eux ayant façonné le Nordic Noir, ce phénomène de fiction policière venue du Nord. 

Un marché modeste mais puissant

L’édition en Islande est à la peine depuis la crise bancaire et financière de 2008 : on y vend deux fois moins de livres depuis 2010, tandis que la lecture numérique a fortement séduit les lecteurs, attirés par un prix plus attractif qu’en version papier. Un roman coûte près de 7000 couronnes, soit plus de 50 euros, ce prix élevé s’expliquant par de petits tirages et l’obligation d’importer bon nombre des ouvrages imprimés, ces deux phénomènes plombant le prix de revient des ouvrages.
Comme le marché de l’édition en Islande est modeste par sa taille (mais puissant, car le deuxième au monde au nombre de titres publiés par habitant), la plupart des écrivains sont aussi traducteurs. Et la traduction est un moyen très important pour dynamiser la production éditoriale en islandais.

L’aube d’un matin d’octobre à Reykjavík. La grande majorité des éditeurs sont installés dans la capitale islandaise.

La traduction, alliée de la langue islandaise

Selon une boutade de Kristín Jónsdóttir, qui enseigne l’islandais à la Sorbonne, « tous les  Islandais de moins de 58 ans parlent l’anglais sans peur, et peuvent le lire s’ils en ont envie ». Ainsi la diffusion des œuvres du domaine anglais représente-t-elle  une menace supplémentaire pour la langue islandaise, car elle détourne potentiellement les îliens de la lecture dans leur langue. Aussi la littérature étrangère de traduction, loin d’être perçue comme participant à une forme d’acculturation, s’avère un allié de la langue islandaise. Le danois, par ailleurs, langue au rayonnement très modeste à l’international, demeure relativement présent au pays des volcans. 
Les traductions vers l’islandais sont encouragées par des subventions du Miðstöð íslenskra bókmennta, plus ou moins équivalent au CNL en France. Un des écrivains français les plus populaires en Islande ces dernières années n’est autre que Pierre Lemaitre, par ailleurs membre de la Société des Amis de Marcel Proust. Mais la présence de la littérature française reste modeste : en 2015, six livres sur dix traduits en islandais provenait du domaine anglais. Entre 2009 et 2019, 2461 traductions depuis l’anglais ont été publiées, alors que les traductions depuis le français étaient seulement au nombre de 128. L’éditeur de Du côté de chez Swann avait pu financer la traduction de Pétur Gunnarsson à hauteur de 60% avec l’aide des fonds du centre.

Lengi hef ég kvöldsvæfur verið.

Í leit að glötuðum tíma (À la recherche du temps perdu), incipit en islandais

Un lecteur qui voudrait découvrir Proust en Islande en 2020 pourrait ainsi choisir entre les versions islandaise, anglaise ou danoise de Du côté de chez Swann. Mais celui qui serait hypnotisé par ce premier tome de la Recherche et qui le lirait en islandais n’aurait hélas pas d’autre choix que de poursuivre sa lecture dans une autre langue.

De Flaubert à Proust

Quand Pétur Gunnarsson se met à la traduction de Du Côté de chez Swann au milieu des années 90, il est loin d’être un écrivain débutant. Diplômé en philosophie de l’université d’Aix-Marseille, ce francophile a déjà publié des romans, du théâtre et de la poésie. Son premier roman, Punktur, punktur, komma, strik (1976, Point, point, virgule, tiret, traduction française de Régis Boyer chez Joseph K., 1999), devient rapidement un classique en Islande, enseigné au lycée. Cette œuvre liminaire est en fait le premier volet de la tétralogie d’Andri Haraldson, publiée de 1976 à 1985 (les trois derniers volumes demeurent inédits en français). Il a donné une traduction de Madame Bovary de Flaubert chez Bjartur (1995), un classique qui avait déjà été publié dans une « traduction seconde » comme il me l’a confié dans nos échanges : « le livre existait dans une  traduction islandaise à partir du danois et très abrégée, le traducteur avait tendance à escamoter les descriptions « trop minutieuses” de l´auteur. Un jeune éditeur islandais, Snaebjorn Arngrimsson, a eu l’idée de publier une nouvelle traduction, à partir de l’original cette fois-ci et complète »1. Cette traduction de Flaubert a connu le succès et a été couronné par le prix culturel DV en 1996.

Halldór Laxness, ambassadeur de la Recherche

À l’époque où Bjartur publie la traduction islandaise de Madame Bovary, Proust est connu en Islande comme il l’est dans de nombreuses parties du globe, mais il est surtout lu en anglais ou en danois (la première traduction danoise remonte à 1932). Le meilleur ambassadeur de Proust en Islande au vingtième siècle est le prix Nobel 1955, Halldór Laxness (1902−1998). Laxness commence à lire Proust dès les années 20 et il communique son enthousiasme aux générations suivantes, comme Pétur Gunnarsson s’en souvient : « Il va sans dire que, pour un adolescent aspirant à devenir écrivain, Proust fut comme une étoile scintillante dans le ciel littéraire avec Joyce, Mann, Hemingway… notre plus grand écrivain, Laxness, avait consacré tout un chapitre à Proust dans son autobiographie littéraire, Skáldatími (1963, non traduit en français mais qu’on peut traduire littéralement par “Temps des écrivains”). J’avais seize ans à l’époque  et la folle ambition du projet proustien m’émerveillait,  ainsi que sa détermination à le mener à bien ».

Proust, membre des Beatles ?

Son installation parisienne et les Beatles scellent sa proustophilie quelques année plus tard : « Le français que nous avions acquis au lycée ne suffisait bien sûr pas pour lire Proust dans le texte original, mais une fois installé à Paris en 68 je me suis vite procuré la Recherche. C’était une édition au format poche, dont la couverture célèbre présentait des manuscrits de Proust avec des corrections et des ajouts, et qui vous incluait pour ainsi dire dans le processus même de la création. Signalons aussi la photo de Proust où il ressemble à s’y méprendre à Paul McCartney, autre idole du temps ».

« Une folle entreprise »

Encouragés par le succès de la traduction de Flaubert, Snaebjorn Arngrimsson et Pétur Gunnarsson décident « de monter d’un cran et de s’attaquer à Proust ». Pétur commence la traduction de Du côté de chez Swann, « une folle entreprise, non seulement à cause de la langue mais aussi des différences culturelles : par exemple le système de classes en France au tournant du siècle n’a pas d’équivalent en Islande. En ce qui concerne la langue, la syntaxe islandaise est très différente de la syntaxe française. L’islandais préfère les phrases courtes, l’exact opposé des phrases longues et tortueuses de Proust ! ». Le travail sur ce premier tome dure deux ans, et pour ce labeur Pétur perçoit l’équivalent de 10000 euros, subventionnés à hauteur de 60%, une maigre rémunération ramenée aux heures passées sur le texte proustien, et peut-être le volume le plus difficile à traduire de toute la Recherche. Le tirage est de 1000 exemplaires, et 600 exemplaires sont vendus au cours des douze mois qui suivent la parution en 1997. Snaebjorn Arngrimsson, à la retraite désormais, m’a confirmé que « l’accueil critique fut excellent et les ventes conformes à nos attentes, soutenues par un petit groupe de passionnés qui connaît l’importance du texte ».

Le levier de la madeleine

La traduction du deuxième tome est évoquée, mais Snaebjorn déménage au Danemark et vend sa maison d’édition. Swann n’est jamais réimprimé et, sans le soutien de Bjartur, Pétur poursuit son œuvre personnelle, loin des aventures de Narraproust, de Gilberte, Albertine ou Charlus. Quand on connaît les chiffres de vente de la Recherche en français après le premier tome, on peut s’interroger sur la faisabilité d’un tel projet en islandais : dès les Jeunes filles en fleurs on perd près de 60% des lecteurs du premier tome, et les choses ne s’arrangent pas pour les 4 tomes suivants. Il faut attendre Le temps retrouvé pour observer des chiffres de vente plus flatteurs (en partie parce que ce tome est au programme de certains concours en France et parce que de petits malins ont compris la structure circulaire du roman : ils empruntent un raccourci, faisant un grand bond de Swann au Temps retrouvé).
Hélas l’aventure de la publication de la Recherche en islandais demeure une histoire inachevée, au grand dam de son traducteur : « Je porte le rêve de poursuivre la traduction de Proust un jour. Quant à l’influence qu’il a pu avoir sur mon écriture, il serait trop présomptueux d’y voir une ressemblance, cependant je trouve toujours très inspirants les conseils dont il est si prodigue dans Le temps retrouvé, qui est à la fois le climax et la conclusion de l’œuvre. Par exemple : “je m’apercevais que ce livre essentiel, le seul livre vrai, un grand écrivain n’a pas, dans le sens courant, à l’inventer, puisqu’il existe déjà en chacun de nous, mais à le traduire. Le devoir et la tâche d’un écrivain sont ceux d’un traducteur”.
Aussi son ambition de garder en vie tout un monde passé, un peu comme Archimède qui disait : “Donnez-moi un levier assez grand et je soulèverai le monde”. Dans le cas de Proust, ce levier était bien sûr la madeleine ».

  1. Entretiens de décembre 2018 et de juin 2020

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Proust en Chine : entretien avec Shuangyi Li https://proustonomics.com/proust-en-chine-entretien-avec-shuangyi-li/ https://proustonomics.com/proust-en-chine-entretien-avec-shuangyi-li/#comments Wed, 27 May 2020 06:00:00 +0000 https://proustonomics.com/?p=8123 L'accueil de Proust en Chine, Proust et le bouddhisme, l'influence de Proust sur les écrivains chinois : entretien avec Shuangyi Li.

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Portrait de Shuangyi Li

Shuangyi Li est chercheur postdoctoral en littérature française et comparée à l’université de Lund (Suède) depuis 2017. Né en Chine, il arrive en Europe à 16 ans où il apprend le français depuis son lycée en Angleterre. Après le lycée, une année sabbatique en France puis une autre année à l’université de Louvain en Belgique lui permettent de parfaire son excellent niveau de français. C’est là qu’il croise la route de Marcel Proust, un auteur qui l’accompagnera pendant des années, à l’Université d’Edimbourg, à l’Ecole Normale Supérieure rue d’Ulm où il est pensionnaire étranger. À Paris, il fait la connaissance de membres de l’équipe Proust à l’ITEM, de proustiens pratiquants et autres marcellistes. De retour à Edimbourg, il consacre sa thèse à Proust et la Chine, qui deviendra, dans une version remaniée, un livre, Proust, China and Intertextual Engagement: Translation and Transcultural Dialogue (Palgrave Macmillan, 2017), prix Anna Balakian en 2019 (International Comparative Literature Association Anna Balakian Book Prize). Grâce aux travaux du docteur Li, on en sait davantage sur l’accueil de Proust en Chine et sur ce dialogue transculturel (selon sa propre expression) étonnant entre la Recherche et la littérature chinoise, en apparence si éloignés.

Tout d’abord, j’aimerais savoir comment, sur le plan personnel, vous traversez la crise actuelle depuis la Suède, un pays qui vit cette période de manière très différente de ses voisins.
Oui, c’est vrai que la Suède n’a pas imposé de mesures strictes de confinement. Mais il existe un certain règlement de la distanciation sociale dans les espaces publics. Dans les universités, les bureaux sont toujours accessibles et les bibliothèques restent toujours ouvertes, mais les enseignements et la plupart des réunions administratives ont lieu en ligne depuis la fin mars. Quant à moi, actuellement en tant que chercheur à temps plein, je me sens extrêmement chanceux d’avoir la possibilité de travailler à la maison sans assumer ce nouveau fardeau d’enseignement à distance. Au niveau de la vie quotidienne, j’essaie d’aller bien au-delà des “recommandations” du gouvernement suédois en passant autant de temps que possible chez moi. Je suis les nouvelles en suédois, mais encore plus celles en anglais, en français et en chinois, et il est difficile d’insister sur l’« exception suédoise », surtout lorsque les circonstances personnelles me permettent tout à fait de prendre plus de précautions.

Sentez-vous une forme de défiance, voire de sinophobie à votre égard depuis le début de la crise ?
Non, pas du tout. D’habitude, la Suède est un pays qui critique beaucoup le gouvernement chinois, mais les Suédois en général font aussi très attention à être « politiquement corrects » (quoique l’on dise que cette notion a beaucoup changé avec la popularité croissante du parti d’extrême droite) et aiment bien garder leur sang-froid dans toutes circonstances. Depuis le tout début de cette crise sanitaire, les médias suédois évitent consciemment toutes suggestions discriminatoires et stigmatisantes qui attachent le Covid-19 à une certaine origine ou nationalité. Lorsque j’ai lu dans les journaux le récit de certaines agressions commises contre des Asiatiques en France, en Angleterre et aux États-Unis, j’ai été fâché, mais entre-temps, je me suis senti quand même très chanceux d’être en Suède.

Anglais, français, suédois… combien de langues parlez/lisez-vous aujourd’hui ?
Je travaille activement dans les trois langues : le chinois (je suis originaire du Sichuan), l’anglais et le français, à l’oral aussi bien qu’à l’écrit. Je fais un grand effort pour améliorer mon suédois, qui reste notre langue d’administration à l’université (même si tous les Suédois maîtrisent l’anglais) ; donc, actuellement, je sais lire des journaux et exprimer des choses assez simples en suédois. Pendant trois ans, j’ai étudié l’allemand à la fac, mais il me faudrait une bonne révision maintenant pour être capable de faire une conversation sérieuse. 
J’ai lu tous les volumes de la Recherche en français, mais je n’en ai effectué que des lectures partielles et sélectives en anglais et en chinois, et parfois il s’agissait de différentes traductions dans ces langues.

Pour moi, la résonance la plus frappante entre Proust et le bouddhisme est leur perception et leur conception fondamentales de la douleur, de la souffrance et de l’illusion de la vie.

Quel a été votre parcours pour parvenir jusqu’à Marcel Proust et à la Recherche ?
En tant qu’étudiant en littérature anglaise et française, il était difficile de ne pas affronter Proust à un moment donné. Je suis tombé sur l’œuvre de Proust pour la première fois pendant mon année d’échange ERASMUS à l’Université Catholique de Louvain en Belgique, dans un cours qui s’intitulait « l’esthétique littéraire ». À ma première lecture de Du côté de chez Swann, je comprenais mal l’histoire mais ce texte romanesque était parsemé de jolies expressions et d’observations profondes et mystérieuses qui me fascinaient. Afin d’approfondir cette « impression première », j’ai décidé de prendre un cours d’option après mon retour à l’Université d’Édimbourg en Écosse, qui était entièrement consacré à examiner la Recherche. Mais, nous en avons réussi à traiter seulement de quatre volumes pendant un semestre. Notre professeure Mme Marion Schmid (auteure de Proust dans la décadence) était une grande inspiration. C’est là que j’ai commencé à vraiment saisir certaines « visions proustiennes » et surtout j’ai commencé à observer leur résonance et affinité avec certaines pensées, esthétiques et poétiques traditionnelles en Asie de l’Est. Ces préoccupations m’ont mené directement à rédiger mon mémoire de master qui discutait le pessimisme et le bonheur dans Schopenhauer, Proust et le Bouddhisme, après quoi j’ai continué à préparer une thèse sur Proust et la Chine. Cette fois-ci, puisant dans des théories en littérature comparée et littérature-monde, j’étais décidé à déplacer Proust de son contexte européen, à découvrir comment Proust a été lu, interprété, voire récrit dans un contexte en dehors de l’Occident, tel que la Chine ; et ensuite, comment ces lectures et écritures pourraient se joindre à celles d’Occident en retour. Mes travaux de recherche ont énormément profité de mon séjour à l’ENS Paris en tant que pensionnaire étranger (2012–13), qui m’a permis d’échanger des idées avec un grand nombre de proustiens et de proustiennes affiliés à l’équipe Proust (à l’ITEM) et au Centre d’Études Proustiennes à la Sorbonne Nouvelle.

Dans quelle mesure Proust et le bouddhisme peuvent trouver un ou plusieurs points de rencontre selon vous ?
Il s’agit plutôt de certaines visions fortuitement croisées comme il n’existe pas vraiment une généalogie intellectuelle directe entre les réflexions proustiennes et le bouddhisme. Toutefois, il se peut que certaines qualités bouddhistes (ou bouddhistiques?) de l’œuvre de Proust affleurent par le biais de la philosophie « pessimiste » de Schopenhauer sur laquelle l’influence de la pensée bouddhiste a été bien documentée. En 1968, Marguerite Yourcenar, dans une lettre, décrit la Recherche comme une « œuvre si bouddhiste par la constatation du passage (du temps), par l’émiettement de toute personnalité extérieure, par la notion du néant et du désir ». Je pense que ces rapprochement sont assez justes, même si la plupart des bouddhistes contesteraient probablement d’autres conceptions proustiennes de base (telles que la fonction de la langue et de la métaphore). 

Pour moi, la résonance la plus frappante entre Proust et le bouddhisme est leur perception et leur conception fondamentales de la douleur, de la souffrance et de l’illusion de la vie. Le Bouddha se compare non à un dieu, mais à un physicien. Proust aime aussi employer l’analogie du travail d’un physicien ou médecin pour analyser les maladies et les malheurs de ses personnages romanesques, y compris le protagoniste-narrateur lui-même. Alors, l’enseignement du Bouddha et la mise en œuvre du livre du narrateur, tous deux, démontrent des traits étiologiques. Voilà pourquoi Proust est souvent cité dans les textes qui abordent une certaine « philosophie de la vie », et qui donnent tant de plaisirs aux « lecteurs ordinaires »1. Nous cherchons tous à guérir de nos douleurs et de nos souffrances dans la vie.

L’esthétique proustienne s’approche de celle du bouddhisme (et surtout du bouddhisme zen) par son intérêt profond pour une conscience extraordinaire et individuelle de l’ordinaire et du quotidien. Tout comme la « nature de bouddha » ou la « graine d’éveil » se présente dans toutes choses et pourrait se révéler de manière inopinée, hors du commun, le protagoniste de Proust éprouve les moments éclaircis et éclairée de « la vraie vie » toujours dans des objets qui semblent ordinaires et banals, et toujours de manière soudaine, inattendue et inexplicable.

L’introduction de l’œuvre de Proust s’est avérée une grande inspiration pour beaucoup d’écrivains chinois dans les années 80 et 90 : notamment sous l’effet de son envergure encyclopédique, de sa représentation de la mondanité, de ses conceptions uniques du temps, de la mémoire et de l’espace psychologique.

Avant d’en venir à votre sujet de thèse et à votre livre, comment des auteurs français comme Proust sont-ils perçus par le pouvoir chinois ? Les communistes en Europe ne partageaient pas l’opinion de Walter Benjamin (quand ils la connaissaient) et le voyaient la plupart du temps comme un auteur essentiellement bourgeois et décadent, et il était mal vu de s’y intéresser.
L’évolution de la perception de l’œuvre de Proust en Chine au XXe et au XXIe siècles est assez extraordinaire. Sous le régime de Mao (1949–1976), presque toute de la littérature occidentale, à l’exception de quelques écrivains « progressistes » ou sympathisants de la cause communiste, était considérée comme « bourgeoise » et « décadente ». Cette formule, « la littérature doit servir les travailleurs, les paysans, les soldats et la cause prolétarienne », constituait le seul critère de sélection et de jugement pour les projets de traduction littéraire. En outre, l’œuvre de Proust a aussi beaucoup souffert de fortes accusations lancées par certains critiques soviétiques, considérée comme antiréaliste et antisocialiste. A cette époque, les opinions soviétiques exerçaient un impact majeur sur la réception et la perception de la littérature occidentale en Chine.

Toutefois, après la mort de Mao en 1976 et la réforme et l’ouverture économiques en 1978, nous assistions à un regain spectaculaire d’enthousiasme pour la traduction de la littérature occidentale, surtout celle qui est censé incarner l’idée de la modernité — que ce soit du point de vue stylistique, esthétique ou thématique. L’introduction de l’œuvre de Proust s’est avérée une grande inspiration pour beaucoup d’écrivains chinois dans les années 80 et 90 : notamment sous l’effet de son envergure encyclopédique, de sa représentation de la mondanité, de ses conceptions uniques du temps, de la mémoire et de l’espace psychologique. Très rapidement, on a commencé à associer ces préoccupations romanesques de Proust à celles du grand roman classique chinois « Le Rêve du pavillon rouge » par Cao Xueqing, daté du XVIIIe siècle (qui a d’ailleurs été traduit et publié en France aussi dans les années 80). À bien des égards, une telle tentative pour assimiler l’œuvre proustienne à la tradition littéraire chinoise a exemplifié la tension entre une ouverture vers l’Occident et une redécouverte de l’héritage chinois après la révolution culturelle, qui a fortement marqué la société chinoise dans les années 80. Il faut souligner que la Recherche a un titre chinois emblématique qui reflète admirablement la tradition esthétique et philosophique chinoise : « poursuivre la mémoire du temps [ou des années] comme l’eau [ou le fleuve] écoulée ». Ce qui est intéressant, c’est que Proust a effectivement été traduit dans une société où les valeurs bourgeoises ont commencé à dominer.

La première traduction intégrale de la Recherche en chinois paraît au moment où la Chine est pourtant très critiquée sur la scène internationale.
En effet, largement grâce à sa nature apparemment non-engagée et à son idéologie politique ambiguë, la publication intégrale de la traduction de la Recherche entre 1989–1991 ne semble pas avoir été affectée par les évènements politiques majeurs à cette époque, à savoir, ceux qui ont lieu sur la place Tian’anmen en 1989. Tant s’en faut, le Ministère de la Culture chinois a même accordé le Premier Prix national pour la meilleure littérature étrangère à cette traduction intégrale de la Recherche en 1991, ce qui a ensuite été suivi par un colloque sur Proust organisé à Pékin dont le professeur Jean Milly, directeur de l’édition Flammarion de la Recherche, était l’invité d’honneur. Il semble qu’une telle œuvre « bourgeoise » permette au régime communiste alors de continuer à promouvoir l’image de l’ouverture économique et l’idéologie de la modernisation culturelle, malgré les mesures draconiennes de censure et de restriction sur les apports aux productions culturelles occidentales, immédiatement imposées à la suite des événements politiques de l’époque.

Il ne s’agit pas de la seule traduction de la Recherche en mandarin.
Deux nouvelle traductions chinoises de la Recherche sont actuellement en concurrence et leur réalisation respective est toujours en cours (depuis 2000). Plusieurs volumes de ces traductions ont déjà paru. Mais, comme un peu partout ailleurs, nous sommes témoins d’une certaine tendance à « kitschifier » Proust dans la perception populaire de son œuvre en Chine, une espèce de « tendance bobo » : on parle de Proust souvent mais superficiellement ; on fait référence à Proust uniquement pour montrer un certain prestige culturel ; on n’exploite que des clichés proustiens pour caractériser ou plus précisément caricaturer certains personnages dans les productions culturelles (e.g. la lecture de la Recherche en français figure même dans une série chinoise de mélodrame très populaire). Donc, je pense que l’œuvre de Proust pourrait déjà être perçue comme « trop bourgeoise » dans une société qui s’est transformée de manière explosive du modernisme aux conditions postmodernes en moins de deux décennies.

Est-ce que le titre de la Recherche en mandarin est désormais fixé, comme il l’est en japonais par exemple ? Et si tel n’est pas le cas, que disent les sinogrammes dans les différents titres ?
Non, ce titre chinois que je mentionne plus haut n’est pas fixé. Avant la publication de la première traduction intégrale, il existait plusieurs versions et variations du titre, évoquées par de différents critiques et écrivains chinois dans leurs articles. À la suite de cette traduction intégrale, il est vrai que ce titre, « poursuivre la mémoire du temps comme l’eau écoulée » (追忆似【逝】水年华), a atteint un statut emblématique et semblait être « fixé » pour toujours. Toutefois, l’une de ces deux nouvelles traductions en cours — celle de M. ZHOU Kexi — ont décidé d’adopter un titre qui correspond plus littéralement — donc plus « fidèlement » ? — au titre français, i.e. 追寻逝去的时光. En effet, pour justifier cette proposition, M. Zhou, dans la préface, n’hésite pas à citer l’exemple de la nouvelle traduction anglaise de la Recherche, qui a changé de Remembrance of Things Past (s’inspirant du sonnet shakespearien) en In Search of Lost Time. Donc, les deux titres chinois coexistent dans le monde sinophone aujourd’hui, mais le premier reste sans doute le plus populaire puisqu’il est censé exprimer une sensibilité esthétique, poétique, voire philosophique enracinée dans la tradition chinoise.

Vous parliez d’une culture superficielle de la Recherche, mais le texte a trouvé des échos chez des écrivains de Chine continentale et de la diaspora, que vous évoquez dans votre livre.
D’autres chercheurs comme le professeur Yinde Zhang (l’Université Paris III) — qui était d’ailleurs parmi les 15 traducteurs de la première traduction intégrale de la Recherche — ont déjà exhaustivement noté presque toutes les références intertextuelles à Proust dans les œuvres d’écrivains chinois contemporains en Chine et dans la diaspora chinoise. Pour mon analyse un peu plus focalisée, j’ai sélectionné trois écrivains (deux hommes et une femme) de la Chine continentale — WANG Xiaobo (1952–1997), YU Hua (né en 1960), WEI Hui (née en 1973) — qui sont assez représentatifs de trois différentes « écoles » littéraires chinoises dans l’ère post-Mao. Proust et l’œuvre de Proust servent tantôt l’inspiration d’un nouveau style romanesque après le réalisme socialiste, tantôt comme un signe de prestige qui pourrait, quoique de manière superficielle, bien élever le statut culturel de leurs propres œuvres dans une société dont les valeurs littéraires et artistiques ont radicalement changé après la mort de Mao. Par exemple, Yu fait une expérience de pastiche stylistique et thématique du prologue de la Recherche dans Cris dans la bruine (traduit et publié en français chez Actes Sud) ; la lecture du roman de Proust est employée dans des nouvelles de Wei, écrivaine « francophile » autoproclamée, pour caractériser certains de ses personnages fictionnels dans l’espace urbain et ultra-moderne de Shanghai, ancien « Paris de l’Orient ». Donc, dans cette partie de mon livre, j’essaie d’entreprendre une lecture qui incorpore bien des réflexions sociologiques dans mon analyse intertextuelle franco-chinoise. Mais globalement, l’engagement créatif de ces écrivains avec Proust reste assez limité. Loin d’être l’objet d’étude approfondie, l’œuvre de Proust ne devient qu’un point de référence plutôt « fétichisé ». S’agit-il ici d’idolâtres de l’art proustien ? En effet, je fais une distinction qualitative entre l’engagement créatif de ces écrivains-ci et celui entrepris par l’académicien François Cheng.

Dans des entretiens, François Cheng admet que l’œuvre de Proust avait changé l’orientation de sa vie (comme dans la vidéo ci-dessous), et qu’en écrivant Le Dit de Tianyi, il avait entrepris une « démarche proustienne ». Toutefois, à la première lecture, un tel lien entre les deux romans n’apparaît pas évident, à part que le protagoniste de ce dernier, sur le point de s’embarquer pour la France, annonce que son futur livre — « contrairement à Proust » — s’appellera À la recherche du temps à venir

Justement, François Cheng et son Dit de Tianyi (Albin Michel, 1998) fait l’objet d’un long chapitre dans votre livre. Que doit-il à la Recherche ?
C’est au niveau conceptuel du roman en tant que roman de formation et d’artiste que nous pourrions comprendre la « démarche proustienne » de Cheng. Tout comme Proust, Cheng croit en la primauté des arts dans la vie spirituelle de l’être humain et il n’hésite pas à incorporer les différents arts dans le tissu romanesque. Le tableau ci-dessous démontre qu’il existe même une correspondance assez directe entre les personnages-artistes des deux romans.

Formes d’artPersonnages dans le DitLeurs homologues dans la Recherche
PeintureTianyi (plus calligraphie)Elstir
LittératureHaolangBergotte et le narrateur
ThéâtreYumeiLa Berma et Rachel
MusiqueVéroniqueVinteuil et Morel


En effet, Le Dit et la Recherche se voient partager souvent les mêmes références littéraires et artistiques : Tolstoï, Dostoïevski, Baudelaire en littérature ; Rembrandt, Vermeer, Monet, Giorgione en peinture ; Beethoven et Schubert en musique, etc. De surcroît, Proust et Cheng, tous deux, se livrent méthodiquement aux mythes et aux mythologies. Le motif du mythe d’Orphée, par exemple, est très répandu dans ces deux romans.

Cependant, le modèle proustien ne signale qu’un point de départ dans la réflexion esthétique de Cheng sur le roman. Presque chaque observation sur la culture occidentale s’accompagne d’une « équivalente » sur la culture chinoise, et vice versa, tout comme dans un exercice de traduction. La vraie intention esthétique de Cheng est de réorienter deux traditions culturelles l’une vers l’autre. De manière assez extraordinaire, à travers le modèle romanesque proustien, Cheng réussi à créer un récit semi-autobiographique, avec plein de mouvements géographiques et de passages de frontières culturelles. Alors, bien au-delà d’un pastiche littéraire, ou même d’une réécriture, la « démarche proustienne » de Cheng a pour but et pour résultat de bâtir un dialogue (comme la cathédrale de Proust ?) que moi, dans mon livre, je qualifie de « transculturel ».

  1. Cette expression, exempte de péjoration, désigne des lecteurs non spécialistes, par opposition aux chercheurs, critiques, spécialistes universitaires, etc. On peut lire à ce sujet l’article Proust forteresse : la Recherche rempart existentiel

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Entretien avec William Friedkin https://proustonomics.com/entretien-avec-william-friedkin/ https://proustonomics.com/entretien-avec-william-friedkin/#comments Sun, 24 May 2020 11:56:00 +0000 https://proustonomics.com/?p=8070 Entretien avec William Friedkin le réalisateur de French Connection et de l'Exorciste, grand lecteur de la Recherche, qui évoque sa passion pour Proust.

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Photo de William Friedkin
William Friedkin © Pat York

Il y a un an, je traduisais le texte de William Friedkin In the footsteps of Marcel Proust, publié en septembre aux éditions La Pionnière sous le titre Dans les pas de Marcel Proust, avec une préface de Jérôme Prieur. Comme Arte célèbre le réalisateur avec la diffusion d’un documentaire inédit, Friedkin Uncut, et celle de French Connection (le 1er juin), j’en ai profité pour demander un entretien au réalisateur mythique. J’ai passé une heure au téléphone avec cet homme chaleureux et enthousiaste, à tel point que l’entretien ressemblait bien davantage à une conversation, qui aurait pu se poursuivre pendant des heures, et dont j’ai volontairement conservé l’aspect un peu décousu. William Friedkin a eu quelques soucis de santé ces derniers mois, et sa voix au téléphone est celle d’un convalescent. Mais je n’ai même pas besoin d’amorcer notre échange par une question : dès qu’il s’agit de Proust, ce francophile s’enflamme et devient intarissable.

William Friedkin : Je voulais vous remercier pour votre traduction !

C’était un plaisir et un honneur. Content d’apprendre que vous appréciez le livre…
Ah oui, beaucoup ! Très heureux qu’il existe. Et je vous suis très reconnaissant.
Je n’imaginais pas écrire ce texte, c’est le New York Times qui me l’a commandé. Des journalistes à la rédaction savaient que j’étais un lecteur passionné de Proust et que j’avais visité plusieurs lieux de la Recherche, alors ils m’ont demandé d’écrire sur ce sujet. J’ai fait de mon mieux.

J’ai particulièrement apprécié ce que vous racontez de Jeanne Moreau vous lisant la Recherche.
C’est comme cela que je l’ai découvert. Nous nous sommes mariés à la fin des années 70 et nous vivions dans le Var, à Lagarde-Freinet. Très honnêtement, j’avais entendu parler de Proust mais je n’en avais jamais lu une ligne avant, croyant que ce n’était sans doute pas quelque chose que je pourrais apprécier… et ensuite Jeanne a commencé à me lire le texte et à me le traduire instantanément. Je l’ai trouvé extrêmement beau et profond, et… je continue à lire Proust chaque jour. Il y a une nouvelle traduction, vous savez. Du côté de chez Swann a été traduit par une romancière britannique talentueuse, Lydia Davis, et sa traduction est bien meilleure que la toute première. Elle bien plus proche du langage et du style de Proust.

C’est la traduction publiée chez Penguin en 2002, sous la direction de Christopher Prendergast.
Ainsi, vous avez fait l’expérience de la Recherche dans quatre versions différentes : en français et en anglais dans la traduction instantanée de Jeanne Moreau, en anglais de nouveau avec la version de Scott Moncrieff, et toujours en anglais avec la nouvelle traduction…
Oui, la traduction de Scott Moncrieff a été revue par un dénommé Terence Kilmartin, et c’est cette version que j’ai lue. Évidemment… à sa façon, je ne sais pas si vous connaissez le texte en anglais, c’est plutôt beau mais ce n’est pas le style de Proust… c’est beaucoup plus fleuri.

Je vois ce que vous voulez dire mais à cette époque la traduction était un peu différente de ce qu’elle est maintenant, comme vous le savez probablement.
Je suis un peu surpris que vous lisiez toujours Proust tous les jours !

Oh oui ! Et maintenant, comme j’ai traversé tous les tomes, je lis différents passages. Parfois je lis un passage hors de son contexte, c’est comme écouter de la musique quand vous voulez écouter un de vos passages favoris. Ainsi… je le lis tous les jours et c’est vraiment étrange parce que… je n’avais évidemment rien en commun avec Marcel Proust, absolument rien. Nous avons grandi à des époques différentes, nous avons des expériences et une éducation très différentes, mais j’ai trouvé une certaine… non pas similitude, mais une parenté et une humanité dans l’œuvre de Proust qui me saisissent dès la première phrase. J’ai commencé à comprendre que Proust est universel, que vous n’avez pas besoin d’avoir grandi à cette époque à Paris ni d’avoir fréquenté le Lycée Condorcet, ni même de vivre à Illiers. C’est tout simplement son humanité qui m’avait saisi, et le fait que j’avais évidemment ressenti des émotions similaires.

C’est ce qui est incroyable avec Proust, quelque chose d’unique sans doute : chacun peut y être sensible, qu’il soit américain, indien ou peut-être même  africain. Je n’ai jamais rencontré de lecteur de Proust venant d’Afrique, mais je suis certain qu’il doit y en avoir.
Je ne serais pas surpris, parce qu’une fois que vous avez découvert Proust, c’est une découverte pour toute la vie. Si vous vous consacrez à cette lecture… vous devez vous y consacrer ! Vous ne pouvez pas prendre cela comme un bon roman qu’on lit, et puis on passe à autre chose. Je trouve, pour être honnête, que la seule chose avec laquelle je pourrais le comparer serait des passages du Nouveau Testament.

Le livre est en quelque sorte en compétition avec la Bible, par sa dimension et son fond métaphysique…
Ce livre est un miracle parce que si vous lisez comme moi les premiers textes de Proust, alors qu’il était pour ainsi dire un chroniqueur mondain pour Le Figaro, rien ne pouvait laisser présager de ce qui allait arriver. Rien !

C’était effectivement une surprise de voir un talent si considérable émerger de tels débuts, disons, convenus. Personne ne pouvait attendre cela de cet homme.
En effet, et cela m’a beaucoup intéressé quand il proposa le premier tome et qu’il fut refusé par Gallimard et par André Gide, qui a dit que c’était la plus grosse erreur de toute sa vie. 

« […] toutes les expériences que j’ai vécues ont été en quelque sorte cristallisées par Proust. »

Je vois que vous avez aussi lu le Journal d’André Gide. Est-ce Proust vous aidait quand vous étiez à l’hôpital ?
Toujours. Proust m’a toujours aidé. C’est comme un endroit dans lequel vous allez, il stimule votre intellect, votre esprit et votre mémoire et toutes les expériences que j’ai vécues ont été en quelque sorte cristallisées par Proust. Je ne sais pas si vous connaissez un livre qui est sorti il y a quelques années en anglais, qui s’appelle Comment Proust peut changer votre vie d’Alain de Botton, que j’ai lu après avoir visité tous les lieux proustiens possibles. J’ai donc lu ce livre et sa conclusion, que j’admire beaucoup, c’est que vous ne devriez pas vous intéresser à la vie de Proust et à ses influences, vous devriez lire la Recherche, puis en sortir et écrire votre propre livre ! Votre propre livre sur votre enfance, vos souvenirs. J’ai aimé ce livre et son épilogue qui m’a transporté car je venais de faire cela. Je suis désolé, mais cela m’a beaucoup apporté.
Vous avez déjà été à Illiers ?

Oui, bien sûr.
C’est tout simplement un village magnifique, en dehors du fait qu’il s’agisse de Combray. C’est un très bel endroit à visiter !

Et qu’en est-il de la Recherche adaptée à l’écran ? Avez-vous vu les films de Schlöndorff et de Ruiz ?
Ils ne m’ont pas convaincu. Proust ne peut être filmé ! C’est comme une réaction chimique qui part de l’expérience de lecture dans votre cerveau où cela devient autre chose, c’est quelque chose qui est particulier à chaque lecteur, et les personnages existent dans votre imagination : vous n’avez pas envie de voir des acteurs s’en mêler. Et comme pour tout grand roman, si vous le réduisez simplement à son intrigue, cela ne veut plus rien dire. Je comprends pourquoi certains veulent adapter la Recherche, c’est une grande histoire, bien trop difficile à saisir, même en plusieurs parties, je ne ferais jamais cela, JAMAIS je ne voudrais entreprendre un tel film. Vous savez que j’ai travaillé avec Harold Pinter à mes débuts. J’ai réalisé un film, The Birthday Party, pour lequel j’ai bien connu Pinter1, et plus tard il a écrit un scénario de la Recherche. Je ne crois pas qu’il ait jamais été filmé, Joseph Losey voulait le faire, mais ils n’ont pas réussi à le réaliser. J’ai lu le scénario d’Harold, c’est très bon mais c’est comme… une impression. C’est une toute petite particule de l’ensemble, même s’il a voulu le rendre plus universel et couvrir davantage d’espace.

Avez-vous échangé avec Pinter sur Proust ?
Oui, il y a des années. J’ai travaillé avec Pinter, je crois, en… 1966 ou 1967. J’ai travaillé avec lui pendant un an, j’ai beaucoup appris de lui et nous parlions  de Proust. Harold était un acolyte, un admirateur de la première heure et un ami de Samuel Beckett. Et Harold a été profondément influencé par Beckett et Proust. Mais je ne suis pas entré dans la Recherche avant de me marier avec Jeanne.

Jeanne était la Shéhérazade de vos mille et une nuits proustiennes.
Exactement ! Ce fut une révélation. Elle lisait si magnifiquement que je pouvais visualiser, le texte pénétrait en moi et je le vivais.

« Dès que vous avez lu Proust, cela devient une partie de votre vie.»

Je peux imaginer à quel point cela était magique. Est-ce qu’elle connaissait le texte avant de vous le lire à haute voix ?
Oh oui. Comme la plupart des proustiens, la Recherche faisait partie de sa vie. Dès que vous avez lu Proust, cela devient une partie de votre vie. Il ne se passe pas une seule journée sans que je ne suscite dans ma mémoire la Recherche, ou que j’aie le désir de le lire.

C’est très émouvant, mais je pensais que votre roman préféré était Cent ans de solitude
Ah, c’est grand, c’est un roman contemporain fantastique. J’ai connu Garcia Marquez, je suis resté avec lui dans sa maison à Mexico City. J’ai vécu des expériences inhabituelles avec lui. Très inhabituelles. Mais une fois de plus, et comme avec Proust, je ne voulais pas faire un film de Cien años de soledad. Pas plus que je voudrais faire un film sur la Cinquième ou la Neuvième de Beethoven. C’est quelque chose qu’on doit vivre et chérir.

Est-ce que Proust a influencé d’une quelconque manière votre façon de faire des films ?
Il m’a seulement conduit à mieux focaliser mon attention. Dans la manière dont j’écris ou dont je raconte une histoire, Proust ne m’a pas du tout influencé. Vous savez, je suis américain, et j’ai une manière américaine d’approcher le cinéma. J’ai admiré des romans de Scott Fitzgerald ou d’Ernest Hemingway, et c’est toujours le cas, jusqu’à ce que j’arrive à Proust. Mais Proust a vraiment changé ma vie. Pas pour tenter de l’égaler, ce serait stupide. Parmi d’autres choses, la Recherche montre comment Proust a déplacé des éléments ici et là et comment il a réarrangé son environnement. Et tout est là, absolument tout est là, la maison de tante Léonie et le parc et l’église St-Jacques… Vous savez que je suis aussi allé au Lycée Condorcet, j’ai visité beaucoup d’endroits, je suis allé au 102 boulevard Haussmann, où se trouvait la chambre tapissée de liège. Je suis arrivé sans être annoncé, je suis monté à l’étage, c’était le bureau du président d’une compagnie d’assurance, et il savait que cette pièce avait été la chambre de Proust ; il y a avait une reproduction du tableau de Jacques-Émile Blanche au mur derrière son bureau, mais il était ravi de m’accueillir. Et j’ai passé un moment merveilleux au Lycée.
Le moment où j’ai basculé, où Jeanne a vraiment capté mon attention quand elle me lisait et me traduisait le texte, c’est lorsque le petit Marcel se trouve devant la porte de sa chambre, attendant que sa mère monte pour lui donner le baiser du soir. J’éclate en sanglots à chaque fois que je lis ce passage.

Est-ce que le fait que Proust soit à moitié juif vous importe ?
Non, je sais qu’il l’était, mais je ne sais pas à quel point cela était important dans son existence. Il y a tant de choses plus importantes.
Est-ce que Proust est lu en France aujourd’hui ?

Oui, bien sûr. Je pense que Proust est notre Shakespeare, il a cette dimension.
Absolument, il fait partie des tous meilleurs, quelle que soit la langue.

Est-ce qu’un tel amour pour la Recherche et pour Proust pourrait être un cas de possession ?
Possession ? C’est davantage une obsession et un dévouement, auxquels je pourrais seulement comparer mon amour pour Beethoven et Vermeer. Il y a ce merveilleux moment où Proust écrit sur la première fois qu’il voit la Vue de Delft de Vermeer, avec cette lumière sur les bâtiments. J’ai vu de mes yeux ce tableau de Vermeer. Oui, c’est comme un moment de mémoire capturé pour l’éternité à la manière dont la Recherche capture la mémoire. Quel peintre, Vermeer. Vous savez, ce sont ces artistes qui ont changé ma vie désormais, qui est bien différente de leur histoire.
L’autre chose qui m’impressionne également, c’est à quel point Proust croyait en lui-même.
La version de Tadié est formidable, et sa biographie merveilleuse.

« Louis Jourdan était le seul avec lequel je pouvais parler intelligemment de Proust.»

Vous avez un message pour lui ?
Dites-lui s’il vous plaît combien j’admire son livre. Pour moi, qui ai lu tout ce que je pouvais trouver, c’est le livre le plus définitif sur Proust, celui que je crois le plus. Et dites-lui que ce fut une grande expérience de lecture. Vous vous souvenez d’un acteur français qui s’était installé en Amérique et qui est devenu une star de l’écran, du nom de Louis Jourdan ?

Oui, bien sûr, vous l’évoquez dans votre texte.
Oui. Quand Louis est mort il y a quelques années, je lui rendais visite quand il était malade. Il était le seul avec lequel je pouvais parler intelligemment de Proust. Et il avait un exemplaire du livre de Tadié, dans les marges duquel il avait écrit. Il écrivait de nombreuses notes dans les marges, à chaque page, et il m’a donné ce livre avant de mourir.

C’est un beau cadeau.

C’est l’un de mes cadeaux les plus chers. Louis était vraiment un grand connaisseur de Proust, bien davantage que moi. Louis était un spécialiste de Proust.

Est-ce que vous essayez toujours de convertir vos amis à Proust ?
J’ai essayé avec de nombreux amis, mais ils n’y arrivent pas. Ils ne s’investissent pas suffisamment, et cela demande de l’engagement. Ce n’est pas la lecture idéale pour le plaisir, vous devez vous concentrer, chaque mot compte.
Vous savez Nicolas, c’est incroyable, il était très malade à cause de son asthme et il passait toutes ses nuits allongé, à écrire son chef‑d’œuvre.

Finalement, quelle force dans cet homme !
Je ne connais pas votre opinion, mais je crois en Dieu, je crois que ce livre a été divinement inspiré.

Eh bien, je ne sais pas s’il serait d’accord avec cette idée…
Non, il ne serait pas d’accord ! Pour lui ce livre avait été  inspiré par Ruskin ! 

  1. Pinter avait écrit le scénario de ce long métrage

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A Proustian conversation with William Friedkin https://proustonomics.com/a-proustian-conversation-with-william-friedkin/ https://proustonomics.com/a-proustian-conversation-with-william-friedkin/#respond Sun, 24 May 2020 11:30:00 +0000 https://proustonomics.com/?p=8291 A long interview whith director William Friedkin about his dedicated love for Proust and In Search of Lost time.

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Photo de William Friedkin
William Friedkin © Pat York

A year ago, I translated William Friedkin’s text In the footsteps of Marcel Proust into French, published in September by Editions La Pionnière under the title Dans les pas de Marcel Proust, with a preface by Jérôme Prieur. As Arte celebrates the director with the broadcast of a long documentary, Friedkin Uncut – William Friedkin, cinéaste sans filtre, and that of French Connection (on June 1st), I took the opportunity to ask for an interview with the mythical director. I spent an hour on the phone with this warm and enthusiastic man. The supposed interview was much more like a conversation, which could have gone on for hours, and of which I deliberately kept the somewhat disjointed aspect. William Friedkin has had some health concerns in recent months, and his voice on the phone is that of a convalescent. But I don’t even need to begin our exchange with a question: as soon as it comes to Proust, this Francophile gets excited and becomes inexhaustible.

William Friedkin: I wanted to thank you for the translation!

It’s been a pleasure and an honour! Happy to see that you love the book…
Oh very much! And so pleased it’s out there. And I’m grateful to you.
I’ve never expected to write it, I was asked by The New York Times. Some people there knew that I have been an avid reader or Proust and had been to a number of locations connected with la Recherche and so they ask me to write about it. I did the best that I could.

I especially liked your story with Jeanne Moreau reading you la Recherche.
That’s how I got into. I guess we were married at the end of the 70s and we lived in Lagarde-Freinet in Var. Very honestly I’ve heard of Proust but I had never read a word of Proust before that, you know, thinking that it was certainly not something I could experience… and then she started to read it to me and to simultaneously translate and I found it just exceedingly beautiful and deep and I’m still rewarded by… I still read Proust every day. There is a new translation, you know. Du côté de chez Swann has been translated by a very very fine British woman novelist called Lydia Davis and it’s much better than the early translation. It’s much more in the language and style of Proust.

It’s the new translation Penguin released in 2002, supervised by Christopher Prendergast.
So you’ve experienced la Recherche in 4 different ways, in French, English with Jeanne Moreau’s instant translation, in English again with Scott Moncrieff’s version and still in English with the new translation…

Yes, Scott Moncrieff’s translation has been finished by someone named Terence Kilmartin, and that’s the one I read. Of course… in its own way, I don’t know if you’ve ever looked at it in English, it’s quite beautiful but it’s not the style of Proust… much more flowery.

I see what you mean but at that time translation was a bit different than it is now, as you probably know.
I’m a bit surprised you still read Proust everyday!

Oh yes! And now, because I’ve been through the books, I read various passages. Sometimes I read a passage out of context, it’s like listening to music when you want to hear a favourite passage you know. So… I read it every day and it’s really strange because… I obviously had nothing in common with Marcel Proust, not at all. We were raised at a different time, we have very different experiences and upbringings but I found a certain… not similarity but kinship and humanity in the work of Proust that very much reach me from the first sentence. I began to understand that Proust was universal, that you didn’t have to grow up in that time and  in Paris or attend something like the Lycée Condorcet or living in Illiers. It was just the humanity of it that reached me and I’ve had obviously similar emotions.

That’s the incredible thing with Proust, something pretty unique, everyone can be moved whether you’re American, Indian or even African maybe. I’ve never met any reader from Africa, but I am sure there are some.
I wouldn’t be surprised because once you discover Proust, it’s a lifetime discovery. If you give yourself to it… you have to give yourself to it! You can’t pick it up like a good novel and read it and then move on. I find it, to be honest with you, the only thing I can compare it with are passages from the New Testament.

The book competes in a way with the Bible, by its dimension, its metaphysical background…
This book is a miracle because if you look as I did at a lot of the earlier writings of Proust I mean as when he was basically a gossip columnist for Le Figaro, you know, there’s nothing there that hints at what was to come. Nothing!

That was a surprise to see this big talent emerging from such, let’s say conventional beginning. No one could expect that from this man.
No, and it was interesting to me originally when he submitted the first volume it was turned down by Gallimard and André Gide, who said it was the biggest mistake of his life.

« […] all of the experiences I’ve had sort of became cristallized by Proust.»

I can see you read André Gide’s Journal. Did Proust help you when you were at the hospital?
Always. Proust has always helped me. It’s been like a place to go, it stimulates my intellect and my mind and my memory and all of the experiences I’ve had sort of became cristallized by Proust and I don’t know whether you’re familiar with a book that came out a few years ago, it was in English and it was called How Proust can change your life by Alain de Botton and what Botton says, and I’ve read all this after I’ve been to all the locations I could find that were associated with Proust. I read this book and the conclusion of the book, which I admired very much, that you should not pursue Proust’s life or influences, you should read the book and then go out and write your own book! Your own book about your childhood and memories. I loved the book and that final message crushed me because I had done just that. I’m sorry but it was very rewarding to me. Have you been to Illiers?

Yes, of course.
It’s just a wonderful little town, quite apart from being Combray. It’s a lovely little place to visit! 

What about la Recherche adapted to the screen? Have you seen Schlöndorff and Ruiz movies?
They don’t impress me. Proust cannot be filmed! It’s like a chemical reaction that goes from the experience of reading into your mind where it becomes something else, it’s something that’s very personal to every reader and the characters are in your mind’s eye, you don’t want to see actors running through this ; and then like any great novel if you reduce it simply to the plot it doesn’t mean anything. I understand why people want to make a film about Proust, it’s a great story, much too difficult to handle, even in multiple parts, I wouldn’t want to do that, I would NEVER undertake to do that. You know I work early on with Harold Pinter. I directed a film, The Birthday Party, and I got to know Pinter very well and later he wrote a Proust  screenplay. I don’t think it was ever filmed, It was going to be by Joseph Losey but they were never able to get it going. I read Harold’s script and it’s very good but it’s like… an impression. It’s a very minor particle of the whole, even though he tried to make it more universal and cover more ground.

Have you ever spoken to Pinter about Proust?
I did years ago. I worked with Pinter, I guess it was… 1966 or 1967 I worked with Harold for a year and I learned a great deal from him and we used to speak about Proust. Harold was an acolyte, an early admirer and a friend of Samuel Beckett. So Harold was profoundly influenced by Beckett and Proust. But I never got into Proust until I was married to Jeanne.

Jeanne was the Sheherazad of your Proustian Nights.
No question! It was a revelation. She read so beautifully I could visualize and it penetrated and I could experience it.

« Once you read Proust, it becomes a part of your life. »

I can imagine how magical it was. Was she familiar with the text before she was reading to you?
Oh yes. Like most Proustians, it was a part of her life. Once you read Proust, it becomes a part of your life. There is not a day that I don’t have some memory or recollection or desire to read Proust.

It’s very moving but you know, I thought your favourite novel was Cien años de soledad
Oh, that’s great, that’s a fantastic contemporary novel. I knew Garcia Marquez, I stayed with him at his home in Mexico City. I had some unusual experiences with him. Very unusual. But again, as with Proust I did not want to make a film out of Cien años de soledad. Anymore than I would want to do a film of Beethoven’s fifth symphony or ninth symphony. It’s something to be experienced and cherished.

Has Proust influenced the way you made movies after discovering it with Proust?
It only caused me to make my attention more focused. I certainly was not influenced to write or tell a story like Proust. I mean, I’m an American and I have an american way of approaching film and you know, I admired novels by Scott Fitzgerald and Hemingway, and I still do, up until the time of Proust. But Proust in fact changed my life. Not to try to emulate, it would be foolish. Among other things it shows how an … works how he takes one thing over here and moved it next to this over there and rearranges his environment. And it’s all there, everything is there, Aunt Léonie’s house and the park and the church of St-Jacques… You know I also went to the Lycée Condorcet, I went to many places, I went to One-O-Two Boulevard Haussmann, where the corked-room was, I just went to the building unannounced, I went up to that floor, it was an office used by the president of an insurance company and he knew that the room he was in had been Proust’s room and he had a print of the Jacques-Emile Blanche painting on the wall behind his desk, but he was very pleased to welcome me. And I had a wonderful experience at the Lycée.
The thing where I got hooked, where Jeanne first hooked me when she read it to me and translated was when little Marcel stands outside his bedroom door, waiting for his mother to come up and give him his good night kiss and the father comes up and stays. I burst into tears everytime I read that.

Does the fact that Proust was half Jewish mean a lot to you?
No, I know that he was, I don’t know how important it was in his life. There were many things much more important.
Is Proust read to any extent in France today?

O yes, of course. I think Proust is our Shakespeare, he has this kind of size.
No question, he ranks with the very great writers of any language.

Do you think that loving Proust to this extent can be a kind of possession?
Possession? It’s more like obsession and dedication. The only thing I can compare it with is, for example, my love of Beethoven, and Vermeer. There is the wonderful passage where he writes about first having seen Vermeer’s view of Delft, with the little bit of sunlight peeking on to that building across the way. And I’ve seen the view of Delft. I’ve seen it in person. Yes, it’s like a moment of memory that is caught for all time in the way that la Recherche captures memories. Vermeer was such a great painter. You know those are the people that have profoundly influenced my life now, which is much different than anything to do with those people. The other thing that impresses me so much about Proust is how he believed in himself.
The Tadié version is terrific and Tadié’s biography is wonderful.

Do you have a message for him? 
Please tell how much I admire his book. To me, having read everything I could get, it’s the most definitive book about Proust, the one I believe the most. And please tell him it’s been a great experience to read. Do you remember a French actor who later moved to America and became an American movie star named Louis Jourdan?

Sure, You mention him in your text.
Yes. When Louis died a few years ago, I used to visit him when he was sick at his home. He was the only one I knew who could talk intelligently about Proust. And he had a version of Tadié’s book which he had written in the margins. He wrote many notes in the margins of Tadié’s book on every page and he left me that book when he died.

That’s a nice gift.

It’s one of my most priced gift. Louis was definitely a knowledgeable Proustian, far more than me. Louis was a Proustian scholar.

Do you still try to convert your friends to Proust?
I have tried to give Proust to many of my friends, and they can’t make it. They don’t have the commitment and it takes commitment. This is not an ideal red for pleasure, you have to concentrate ; every word counts.
I felt very close to Proust in Illiers-Combray.
You know Nicolas, it’s unbelievable, he was very sick with asthma and lying up in bed every night and writing his masterpiece.

Finally, what a strong man!
I don’t know  your feelings but I believe in God, I believe that this book was divinely inspired.

Well, I don’t know whether he would agree about this…
No he would not! To him it was inspired by Ruskin!

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Entretien avec le Professeur Strocmer https://proustonomics.com/entretien-avec-le-professeur-strocmer/ https://proustonomics.com/entretien-avec-le-professeur-strocmer/#comments Thu, 21 May 2020 06:00:00 +0000 https://proustonomics.com/?p=8097 Un rare entretien avec le Professeur Strocmer, qui convoque Montaigne, Mallarmé, Tacite, Beckett, Blanchot, Proust, Verlaine et Hugo.

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Victor Hugo (1802–1885). « Victor Hugo et l’un de ses petits-enfants, caricature et lettres historiées ». Crayon de graphite, plume et encre brune, double feuille de papier à lettres de deuil. Paris, Maison de Victor Hugo.

J’avais caressé, sans trop y croire, connaissant sa modestie légendaire, son goût du secret et de l’effacement à côté duquel Maurice Blanchot fait figure de jetsetter, l’espoir de pouvoir obtenir un entretien avec le professeur Strocmer. N’ayant rien à perdre, je lui envoyai quelques questions et, ô divine surprise, je reçus cette réponse deux jours plus tard :
« Cher Nicolas
Vous le savez, je n’aime guère m’exposer en public in nomine mihi : aussi ai-je préféré laisser mes amis vous répondre. Du reste je le leur dois bien : d’une certaine manière, existerais-je sans eux ?
Bien à vous
Paul. »

Tout d’abord, Je sais que vous avez des amis en Iran et au Moyen-Orient. Avez-vous pu recueillir de leurs nouvelles récentes ?

Paul Verlaine, feuillet tombé de l’album zutique.

Les confinés
Déracinés
Sans Roxane

En leur palais
N’ont plus de let-
tre persane ;

Tout suffocant
En l’Orient
Quasi vide

Usbek se plaint
Qu’il est atteint
Du covide ;

Quant à Rica
On dit qu’il va
L’âme en peine

Tandis que dure
La dictature
Iranienne

J’aimerais ensuite vous demander comment vous allez et comment vous avez traversé cette période étrange du confinement.

Michel de Montaigne. Ores ne traverse guère ces temps estranges, puis que traverser nous est desfendu tout net asteure ; et si, me tiens rassis et content, en ma librairie comme en moi- mesme ; vrai est que, le disoient jà nos Anciens,

si hortum in bibliotheca habes, deerit nihil.

Certes, je puis tousjours chevaucher à hue et à dia, mais sur la carte seulement. Une plume fait ma monture ; l’escomptant, comme diroit l’un, détaschée de Pegase. Et qui sait si nous pourrons derechef aller hors, en l’avenir ? Oncques voyons le branle du monde n’estre plus si perenne, comme il souloit, ains aller son train en guise d’un coche mal caut, qui auroit versé en un taluz, tout gloiseus, quant et son équipaige.

La crise du Covid aura-t-elle son historien ou son annaliste, selon vous ?

Tacite. De Confiniis. Eodem anno, Macrone Philippoque consulibus, maxime timenda peste ab Orientis terris orta, senatus omnes, ne medici magis aegrotantium curandorum numero quam morbi gravitate vincerentur, concludendos decrevit. Quapropter spatium temporis minime adeo viae, templa, foraque urbis vacata, ut cladem accepta Lutetia videretur. Galli Romanorum a ludibrio, suorum ad luctum.

(En cette même année où Macro et Philippus étaient en charge, un mal terrible se répandit, venu d’Orient : aussi le Sénat décréta le confinement pour tout le monde, afin que les médecins ne soient vaincus non pas tant par la gravité de la maladie que par le nombre de malades à soigner. C’est pourquoi, en un moment, les rues, les temples et les places devinrent si vides, qu’on aurait cru que Lutèce avait subi un massacre. Les Français se moquaient des Italiens, pleuraient maintenant leurs morts.)

Beaucoup de gros et grands lecteurs ont confessé leur difficulté à lire de la fiction pendant le confinement. Est-ce également votre cas ?

Stéphane Mallarmé. Lire, et je sais qu’à plusieurs, fussent-ils par la crainte immarcescible d’un Mal innommé contraints, manque de le pouvoir en soi, à se confiner en leur demeure, cela semblerait l’Inutile même, en temps de morne comfort, où l’échange seul de paroles et fruste, devant maint écran, suffit à ce mal d’être deux, à d’autres plus solitaires parut, naguère, en tant qu’effleurés d’un peu près par l’aile en papier d’un Rêve aboli, soudain l’essentiel ; encore que, à l’invention de ceux que de pardonnables naïfs, hâtivement nommèrent romanciers, nous devions souvent, comme en le simple passage, sur une vitre sale, d’un Art réduit à chiffon de ménage, le récit prétendu transparent mais, dirais-je, une fois dépouillés les oripeaux de l’affreux Réalisme, plutôt triste réverbère ombrant, de son dérisoire ou fallacieux constat, le Réel. Préférable à ces clartés louches, luit le Poëme, en ce cristal d’écrire toujours dissimulé ; sinon sa rieuse imitation.

Est-ce que vous croyez à ce que les médias et certains « spécialistes de tout » appellent « le monde d’après » ?

Samuel Beckett. Confins de partie.

Finn

Qu’est-ce que tu fous ?

Man (Immobile)

Je confine. Ça ne se voit pas ? (Il tousse)

Finn

Pas plus que d’habitude. (Un temps. Long.) Dis… est-ce qu’on ira dehors ?

Man (lyrique)

Ah ! Dehors ! (Un temps.)

Finn

Je veux dire… après ?

Man (incrédule)

Après… après quoi ? après nous ? (Un temps. Toux.)

Finn

Non… après… (geste hésitant)… après tout…

Man (explosant)

Après, après… tu en as de bonnes, toi ! Tu as senti un après, depuis hier ? Un frémissement d’après ? Qu’est-ce que c’est ? (Toux) C’est un monde, que tu veux ? Et puis quoi encore ? Avec des boutiques ? des trottoirs ? de l’espoir ? des gens, tiens, pendant que tu y es ! Môssieu voudrait voir des gens, peut-être… (se haussant du col) tu m’as moi, Man. Ça ne te suffit pas ? Des fois, je résume assez bien l’humanité, tu sais. Même malade (Il tousse). Surtout malade ! Et qu’est-ce que ça changerait d’avant, hein, tu peux me le dire ? Après tout… après tout, qu’il dit ! (Longue quinte).

(Un temps. Finn rampe jusqu’au frigo. Man le regarde ramper. Sa tête doit suivre la reptation de Finn, exactement à la même lenteur.)

Finn (rampant)

Il… reste… de… la… pizza ?

Votre père était un grand épidémiologiste. Qu’aurait-il pensé de la pandémie ?

Marcel Proust. En sortant de l’hôtel des Guermantes où, pour la première fois depuis de longues semaines, j’avais accepté de me rendre, non sans m’être dûment affublé des ornements sanitaires cousus par Françoise, et passé les mains à ce qu’elle persistait à baptiser le « gel hydrolaconique », cuir délicieux que je percevais comme une réminiscence naïve mais somme toute exacte du silence qui avait figé Paris pendant deux mois, j’avais eu tout à coup une pensée pour mon père, tenace et fugitive à la fois, comme le bon fantôme qu’il n’avait jamais cessé d’être. On se souvient comment ses rapports éclairés sur les épidémies à venir, ignorés, brocardés même, de son vivant, apparaissaient maintenant comme ces Livres Sibyllins que les Romains n’avaient pas voulu acheter de prime abord, négligence que Norpois ne se privait pas de rappeler au gouvernement, surjouant l’indignation le long d’articles rageurs dans Le Figaro, feignant d’ignorer que lui-même, à l’époque où mon père ne cessait d’alerter sur ce danger impalpable et trop abstrait pour un diplomate — dont l’intelligence, limitée par l’habitude à ne percer que des intentions humaines et des complots entre Etats, ne peut apparier en un couple de notions efficaces des expressions aussi éloignées l’une de l’autre en apparence que « méfiance envers la Chine » et « lavage de mains » —, l’avait qualifié un jour en plein Conseil, dans le style faussement cultivé mais réellement pompeux des gens de son espèce, de « Cassandre des microscopes ». On comprendra mieux le revirement de Norpois quand on saura que, bien loin de devoir ce changement d’avis à une quelconque réflexion sur l’épidémie, il avait en réalité perdu toute influence sur le nouveau Ministère. Tant l’ambition blessée va toujours plus loin en lucidité que la lucidité. Tout en songeant à ces traités d’hygiène si précis, à présent si prophétiques, que mon père, bourreau de travail, avait pourtant toujours rédigés comme en coup de vent, entre deux congrès et deux malades, je regrettais d’avoir perdu ces semaines précieuses à ne rien écrire une fois encore et me persuadai que, décidément, je n’étais pas fait pour cette vocation d’écrivain que j’avais finalement passé plus de temps à rêver qu’à mettre en œuvre. 

Mais c’est souvent au moment où tout semble perdu, où l’inertie causée par l’habitude et les plaisirs vous enfonce chaque jour un peu plus dans la gangue de confort où tout projet semble un effort inaccessible et vain, parce que seule notre paresse l’appelle ainsi pour éviter d’avoir à s’y confronter, que surgit le petit appel d’air qui deviendra bientôt le grand souffle de nouveauté dont notre esprit blasé avait tant besoin. La cour de l’hôtel, désertée par les domestiques parce qu’ils n’avaient plus le droit de s’y regrouper, désespérément plate car on l’avait restaurée juste avant le confinement, n’offrait aucune aspérité, aucun pavé mal équarri où j’aurais pu enfin trébucher. Seule une coupure de journal y traînait, sans doute apportée par le vent. J’y jetai distraitement les yeux, pressé de trouver un fiacre, engoncé dans mon masque, me faisant à moi-même l’effet cocasse d’un bandit de grand chemin prêt pour l’attaque de la diligence. La page arrachée y étalait en un titre aussi gros que superficiel les derniers détails du procès Lemoine, procès qui jusqu’alors, tout préoccupé que j’étais d’Albertine et de ma jalousie, n’avait guère retenu mon attention. Aussitôt mon humeur maussade s’évanouit : toute spéculation sur ma stérilité littéraire apparut comme la construction factice, complaisante et mélancolique, d’un jeune homme  fragile qui se refuse à prendre la littérature pour ce qu’elle sait être quelquefois, un jeu léger qu’une ronde d’imitateurs virtuoses se repasse en guise de mistigri, comme des jeunes filles jouant à la bague par un beau jour de vacances, et que l’on voudrait aimer toutes. Celui qui serait tenté, depuis sa plus tendre enfance, par le rêve immense et fou de traverser un océan à la seule force de ses bras, a peut-être raison de commencer, modestement, par apprendre à nager comme les autres dans les eaux riantes, sincères, cristallines de la Vivonne. Combien d’impressionnistes Elstir n’avait-il pas copié, avant de trouver cette manière inimitable de faire jouer la lumière dans ses toiles, comme si le ciel et la mer étaient sur le point d’échanger leurs qualités, bien plus, leur nature respectives ? Combien de petites phrases de César Franck, de Debussy, de Fauré, patiemment reproduites chez un Vinteuil, avant de pouvoir faire entendre le scintillement magique et frêle de la sienne propre ? Aujourd’hui, puisqu’en ces vastes régions de l’Art où tout n’est pas encore exploré, le temps ne se déroule pas selon la triste linéarité de la vie, mais ne cesse de procéder par boucles, par retours, comme si chaque nouvelle oeuvre était douée d’une fascinante, d’une inexplicable puissance de rétroaction, on allait jusqu’à prétendre qu’Elstir avait inspiré Monet, que Vinteuil avait influencé Debussy. Mais c’était plus encore. Je repensai à ce vieux professeur du nom de Paul Strocmer — nom bizarre et comme inventé, dont les sonorités m’évoquaient irrésistiblement le choc des vagues sur un récif granitique, au large d’une côte bretonne —, ami de Bergotte, que j’avais croisé quelquefois chez lui, auteur de tant de pastiches si habiles, en vers comme en prose, qu’il nous avait aidé à traverser le désert de ces jours étranges et presque immobiles, par la précieuse livraison toujours renouvelée de ces petites madeleines littéraires à la saveur, à la forme parfaites, sans autre ambition que de raviver, au palais gourmand des amateurs, le souvenir des vrais livres. Alors, élégantes et joyeuses, chatoyantes dans leurs colliers de faux diamants, amusées d’avance par le bal masqué qui s’annonçait, se levèrent, légères comme ces belles Vénitiennes un jour de carnaval, les phrases imitées de Régnier, de Faguet, de Sainte-Beuve, toutes me racontant, de leur accent suave et quelque peu suranné, à la manière de leurs véritables auteurs, en un dernier hommage rendu à ces œuvres dont mon génie propre, et le jugement impitoyable du Temps, effaceraient bientôt toute trace sur ces parois de liège entre lesquelles la postérité s’apprêtait pour toujours à confiner mon image, l’affaire Lemoine. 

Que peut la littérature face à cette crise ?

Paul Strocmer. Pour une question si grave, il m’a semblé cette fois nécessaire de faire appel à des sommités que je n’avais pas encore consultées. Il se trouve que j’avais au grenier une table tournante quasi neuve, encore sous garantie, puisque de moins de deux cents ans. Après quelques tours de chauffe où nous ne parvînmes qu’à faire revenir l’absence de Maurice Blanchot, au tour suivant, enfin, apparut le spectre majestueux de Victor Hugo, en pleine forme comme toujours. Notre ami Samuel se logea discrètement dans la queue du chat.

Maurice Blanchot. Dans le confinement la littérature s’absente ; mais, dans cette absence, se révèle le sens de sa mission paradoxale, essentielle. Eurydice doit être perdue, non pas pour qu’Orphée la retrouve, mais au contraire pour que, dans le signe de sa perte toujours advenue, surgisse un chant, le chant pur de l’absence de signe et du signe de l’absence. Ainsi le confinement se renverse-t-il en l’ouverture même : ouverture de la voix, de la fenêtre, de l’écran, où chacun, de son manque d’œuvre, fait signe vers l’œuvre du manque : le selfie à la guitare.

Victor Hugo. Le Confinement des Siècles, Deuxième partie : « La Sortie », première section : « Doutes », poème MCCCXLIX, extraits. 

AEGROTAT ORBIS

1 Mes frères confinés : écoutez le Poète.  
Porté par un vol sûr, son œil de gypaète    
A vu l’humanité qui souffre. Sans tarder    
Il descend, des cieux où il trône, apporter 
5 Le rien qu’il fait, et qui peut tout : c’est le poème.    
Il soigne le virus, fait taire le blasphème   
Où le riche se rit du pauvre qui a mal.   
C’est le cri de Scipion marchant contre Hannibal ;   
C’est le reproche aux grands ; c’est un chant de louanges
10 Aux soignants que l’habit métamorphose en anges,    
Au réanimateur, au vaillant infirmier,    
A ceux qui jour et nuit triomphent du charnier !
(…)
661 Et puis : il y a la femme. O caissière, ô nourrice,      
Mère que le devoir a fait institutrice      
Tu mérites ta place à la droite des Dieux !      
Quel ministre oserait dire qu’il a fait mieux ?
665 Macron, Véran, Philippe, au front plein d’arrogance,      
Révérence devant la femme ! Elle est la France.     
Elle est la clarté douce en l’ehpad enfiévré,      
Elle est l’ombre apaisante au vieillard délivré :      
La femme est tout cela. Son âme de lumière
670 Du coronavirus triompha la première !      
etc.

Samuel Beckett. Ça peut peu.

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Entretien avec Kazuyoshi Yoshikawa https://proustonomics.com/entretien-avec-kazuyoshi-yoshikawa/ https://proustonomics.com/entretien-avec-kazuyoshi-yoshikawa/#comments Sun, 17 May 2020 06:00:00 +0000 https://proustonomics.com/?p=8100 Entretien avec Kazuyoshi Yoshikawa, un des grands spécialistes de Proust, qui a achevé sa traduction de la Recherche en japonais à l'automne dernier.

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Le professeur Yoshikawa au Printemps proustien, Chartres, 2019. Photo N.R.

Le professeur Kazuyoshi Yoshikawa est bien connu des proustiens du monde entier : il a consacré toute son existence à la lecture, à l’étude et à l’enseignement de la Recherche. Je me faisais une joie de le revoir à Paris en mars dernier après notre rencontre au Printemps proustien en 2019, mais le coronavirus a tout gâché, comme il a gâché pour le professeur ce qui devait célébrer la fin de son magistral travail de traduction d’À la recherche du temps perdu — la troisième en japonais — commencé il y a plus de dix ans pour l’éditeur Iwanami (Tokyo). Invité par Antoine Compagnon pour 4 conférences exceptionnelles au Collège de France, il n’a pu en prononcer q’une seule avant que le confinement ne soit décrété, puis a dû rentrer à Tokyo.
Mais nous n’allions pas en rester là : la rencontre s’est transformée en échanges réguliers par mail, avec l’entretien que je vous livre ici.

Vous n’avez pas pu achever votre cycle de conférences au Collège de France et vous êtes rentré au Japon, passant d’un confinement à un autre. Quelle est la situation japonaise à l’heure actuelle et comment vivez-vous ce confinement ?
C’est dommage que je n’aie pu faire que la première intervention du 9 mars portant sur ma traduction de la Recherche en japonais. À la suite de la fermeture du Collège de France et des frontières des pays européens, j’ai été obligé de quitter la France dès le 17 pour rentrer à Tokyo.  Mais, grâce à l’obligeance du Professeur Antoine Compagnon, les textes (et les fichiers de powerpoint) des trois autres conférences annulées ont été mis en ligne sur le site du Collège. J’ai donc pu publier l’aboutissement de mes dernières recherches qui portent sur la mondanité, sur la judéité et l’homosexualité, ainsi que sur le sadomasochisme dans le roman de Proust.
Au Japon, la situation du coronavirus était assez stable jusqu’à la mi-mars, mais depuis la dernière décade du mois de mars le nombre publié de contaminés a augmenté d’une manière spectaculaire. Le gouvernement japonais a décrété l’état d’urgence le 7 avril. Mais ici, les mesures de confinement sont moins sévères qu’en France. On voit d’ailleurs une nette amélioration de la situation depuis une dizaine de jours. De toute façon je mène une vie de confinement volontaire depuis mon retour à Tokyo, à l’exception de la promenade journalière d’une heure et d’une sortie pour les courses. Un peu comme avant d’ailleurs : j’étais souvent enfermé chez moi dans mon bureau depuis ma retraite en 2012, surtout durant ces dernières années consacrées à ma traduction de Proust…

C’est une question souvent évoquée mais votre avis m’importe : pourquoi selon vous la Recherche est si populaire au Japon ?
À la recherche du temps perdu est très connu au Japon, comme d’autres grands classiques modernes, Dostoïevski, Kafka, et tant d’autres. Je ne sais pas si Proust est ici plus lu que Dostoïevski, mais j’ai l’impression qu’il est bien accueilli parmi les lecteurs cultivés de mon pays. La littérature de grande masse est très développée ici : il existe plusieurs écrivains dont chaque nouveau titre se vend à plus de cent mille exemplaires. Proust ne peut pas être considéré comme populaire par rapport à ces producteurs de best-sellers. Mais pour un écrivain difficile, il est relativement bien accueilli, le premier volume de ma traduction consacré à «Combray» s’étant vendu, en dix ans, à quarante mille exemplaires.
Si Proust est ici bien accueilli, je crois qu’il est à la fois familier et nouveau pour les lecteurs japonais. Ses plus grands charmes font écho à la tradition de la culture japonaise. Formés par la poésie traditionnelle (le waka et le haïku en particulier), les Japonais sont prédisposés à apprécier chez Proust sa description originale de la nature liée aux variations climatiques et saisonnières. Le Japon a par ailleurs une longue tradition du roman d’analyse qui remonte au Roman de Genji du XIe siècle, écrit souvent avec des phrases longues, où l’on peut retrouver la finesse de l’analyse psychologique proustienne. La notion du temps qui passe, chère à Proust, domine également la littérature japonaise fortement imprégnée du bouddhisme, qui met l’accent sur le caractère éphémère de toute chose sur la terre. Toute l’histoire du Japon a vu des lettrés et artistes se retirer du monde en ermites et se consacrer à la littérature et aux arts : cette tradition aide à comprendre la prédominance de la littérature et des arts dans le roman de Proust. Mais le succès de Proust au Japon doit aussi à sa nouveauté, qui réside d’une part dans son innovation stylistique et de l’autre dans ses réflexions innovatrices sur la vie et sur les arts, à cette nouveauté qui bouleverse notre vision du monde. Cette nouveauté me semble pourtant accessible à tout le monde. La Recherche n’est pas une œuvre d’avant-garde. Le succès de Proust, partout dans le monde d’ailleurs me semble-t-il, s’expliquera par le fait qu’il est à la fois traditionnel et novateur, et se trouve en ce sens « entre deux siècles » selon l’expression d’Antoine Compagnon.

Après tant d’années passées à étudier la Recherche, à dispenser votre enseignement, qu’est-ce que votre traduction vous a appris du roman — et de Proust — que vous ne saviez déjà ?
J’ai connu Proust en 1967 à l’âge de dix-neuf ans, dans sa première traduction complète en japonais procurée par six chercheurs et écrivains. Depuis j’ai lu la Recherche plusieurs fois (au moins dans ses grandes parties), ai écrit plusieurs articles et livres à ce sujet et croyais bien connaître cette œuvre qui m’était si familière. Mais avec cette traduction de Proust, j’ai eu l’impression que j’ai vraiment lu, connu et découvert la Recherche pour la première fois. Sans doute parce que j’ai été obligé de comprendre le texte de Proust jusqu’à ses moindres détails, de l’annoter et de trouver des expressions japonaises qui lui sont adéquates. Traduire Proust, c’était pour moi la meilleure façon de lire la Recherche. Dans ma première conférence au Collège de France, j’ai évoqué quelques découvertes dues à cette traduction, mais la liste serait trop longue…

Quand on traduit toute la Recherche, on doit à la fois se concentrer sur chaque volume avec ses spécificités, mais aussi adopter une perspective plus globale, celle du roman dans son ensemble. On sait ainsi que des choix sémantiques et/ou lexicaux faits au tout début, dès Combray, auront des conséquences importantes par la suite. Aviez-vous cette contrainte à l’esprit en commençant votre travail et avez-vous été tenté de traduire par exemple « Combray» puis juste après Le Temps retrouvé ?
S’agissant du travail d’une longue haleine, la publication s’est échelonnée sur neuf ans, de 2010 à 2019. Avant la livraison du premier volume, il m’a donc fallu, pour que je puisse m’en servir sans trop de contradictions dans mes volumes suivants, trouver des méthodes de traduction et inventer en japonais un style adéquat à celui de Proust. J’ai commencé en 2006 à faire quelques coups d’essai pour traduire des longues phrases typiquement proustiennes qu’on peut trouver souvent dans « Combray ». Et j’avais en 2009 une première version complète des trois premiers volumes (comprenant Du côté de chez Swann en deux volumes et « Autour de Mme Swann» en un volume), avant de relire mon texte de «Combray» et de le livrer à mon éditeur. Je n’ai pas traduit Le Temps retrouvé tout de suite après «Combray», mais ayant traduit, avant la parution du premier volume, jusqu’à «Autour de Mme Swann», j’ai pu croire m’approprier plusieurs styles qui pourraient s’appliquer, tout au long de la Recherche, tantôt à des passages poétiques, tantôt à des conversations mondaines, tantôt à des réflexions philosophiques…

Le magnifique coffret réunissant les 14 volumes de la Recherche traduits par Kazuyoshi Yoshikawa pour la collection “Poche Iwanami” aux Éditions Iwanami, Tokyo.

Vous avez souhaité rester au plus près de la syntaxe et de la musicalité proustiennes. En quoi la langue japonaise permet-elle cela ?
N’étant pas un linguiste comparé, je ne peux pas répondre théoriquement à cette question. Mais j’ai été formé, au moins dans mon apprentissage des langues étrangères, d’abord de l’anglais et puis du français, par une méthode ancienne, par la version en particulier. Je n’avais donc pas de difficulté à traduire en japonais des textes de français standard (le japonais s’était approprié de vocables abstraits importés d’Europe depuis l’époque Meiji). Le problème chez Proust se trouve dans la difficulté de transférer, sans rien perdre de leurs rythmes et de leurs nuances, les langages si divers et si particuliers des personnages. À quoi s’ajoute la gageure de rendre les plus longues phrases de Proust en japonais. Pour le premier, j’ai essayé de respecter différents niveaux de langue, même des fautes de langage, de chaque personnage. Pour le second, quand il s’agit surtout de longues phrases poétiques, j’ai pris le parti de respecter l’ordre d’apparition de mots dans le texte original, bien que la syntaxe du japonais soit diamétralement opposée à celle du français. Dans ce cas-là, pour être fidèle à l’enchaînement des images d’origine, j’ai été obligé d’abandonner la méthode classique de la version qu’on voit souvent au Japon en classe de français. En ce qui concerne la musicalité proustienne, je me suis efforcé de rendre son rythme, mais j’avoue qu’il est presque impossible de traduire sa résonance phonique. Mais j’ai parfois trouvé, pour traduire certains jeux de mots prononcés par des personnages, un couple de mots équivalent, qui combine la correspondance sémantique avec les termes français, et la parenté phonique entre eux. Pour cela, j’ai parfois modifié à titre exceptionnel le texte original, légèrement. Ainsi on peut dire : traduire, c’est trahir, mais pour être plus fidèle à l’original…

Votre traduction comprend des images encyclopédiques. Une traduction littéraire avec ce genre d’iconographie n’a je crois, pas d’équivalent, au moins en Occident. Qui a eu cette idée et quel est le rôle de ces images ?
Au Japon non plus : une traduction littéraire n’a en principe pas ce genre d’illustrations. C’est moi-même qui ai eu cette idée et ai choisi toutes ces images. Avant d’entamer cette traduction, j’avais consacré beaucoup de temps à la recherche sur Proust et la peinture, ce qui m’avait appris l’importance de l’iconographie que notre écrivain avait consultée pour son roman dans les publications de l’époque. Plusieurs allusions aux beaux-arts dans la Recherche sont peu compréhensibles si on ne les connaît pas bien. Il en est de même pour certains usages de l’époque dont l’iconographie s’avère d’un grand secours pour rétablir des sens oubliés ou tombés en désuétude et, souvent, pour comprendre clairement les phrases métaphoriques de Proust.

Extrait de La Prisonnière avec l’illustration de la pissotière à six places.
Éditions Iwanami, Tokyo.

Votre éditeur a‑t-il bénéficié d’une subvention pour la traduction ?
Ma maison d’édition, Iwanami, est en quelque sorte un équivalent  de Gallimard, car elle a été fondée en 1913 et a été un des premiers éditeurs de romans de Soseki. La collection «Poche Iwanami», créée en 1927, a publié depuis plus de 6000 titres, choisis parmi les classiques (tombés donc dans le domaine public) de littérature, de philosophie, de sciences sociales et parfois d’essais scientifiques. Elle publie chaque mois trois ou quatre nouveaux titres. Je ne pense pas qu’ils soient tous rentables immédiatement, car au Japon (comme ailleurs) on ne lit plus de classiques comme avant, mais la collection a plusieurs titres dont le chiffre de ventes total dépasse un million d’exemplaires, tels que des œuvres de Soseki, de Platon, etc., ce qui lui permet je crois de lancer de nouveaux titres, sans subvention.

Comment se sent-on après ce grand voyage à travers la Recherche ? Orphelin ? Démuni ? Libre ? Quel est votre état d’esprit ?
C’était un long travail et on m’a souvent dit que ça doit être pénible d’être enfermé presque tous les jours dans son bureau pendant des années de suite. Mais personnellement je n’ai jamais fait un travail si stimulant, si joyeux, si plein de découvertes à la fois intellectuelles et artistiques. Sans doute parce que ce travail de traduction m’a permis de savourer pleinement la richesse du texte proustien et de tenter de produire en japonais ce que je croyais être son équivalent, en espérant la partager avec mes lecteurs japonais qui ont attendu avec patience chaque livraison pendant six mois ou parfois un an…Quand j’ai donné le bon à tirer au dernier volume de ma traduction à la fin du mois d’octobre 2019, j’ai eu bien entendu un grand soulagement. Pendant deux mois, j’ai été submergé d’interviews, de conférences, de fêtes avec des amis et collègues, mais après ces moments de divertissement, j’ai souffert d’une chute, d’une dépression, privé de cette joie de traduire Proust… La préparation des cours au Collège de France, le bref séjour à Paris, le brusque retour à Tokyo et une vie de confinement due au coronavirus, tout cela m’a fait oublier ce sentiment de mélancolie. Et depuis un mois, je relis ma traduction de Proust pour en faire une anthologie en un volume pour la même collection « Poche Iwanami », mais il m’est déjà difficile de croire d’avoir fait moi-même cet immense travail, comme si j’étais devenu quelqu’un d’autre…

Une question très personnelle pour finir. Qu’allez-vous faire désormais que votre traduction aurait empêché ou différé ?
Je compte faire, si la force m’en reste encore, ce qu’on m’avait demandé au cours de ces dernières années pour le public japonais et que j’avais demandé d’attendre jusqu’à l’achèvement de ma traduction. Hélas !  toujours sur Proust : outre cette anthologie, un petit livre avec des illustrations en couleur sur Proust et la peinture (ce n’est pas un travail difficile pour moi), un livre d’introduction à la Recherche destiné aux amateurs de Proust aussi bien qu’à ceux qui ne l’ont pas encore lu (c’est une mission délicate). Mais mon rêve a été, une fois la traduction finie, de lire intégralement dans son texte original du XIe siècle (j’avais lu, quand j’étais jeune, jusqu’à sa moitié dans une superbe version moderne de Tanizaki) le roman de Genji. J’ai fait, en octobre 2019, guidé par un alpiniste amateur et en logeant dans deux huttes, l’escalade d’une chaîne de montagnes Yatugadake (2700 à 2900 mètres d’altitude au centre du Japon). J’aimerais essayer, si la situation du coronavirus le permet l’année prochaine, une autre escalade dans les Alpes japonaises cette fois, bien sûr en été…

Entretien réalisé en mai 2020.

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