Proustonomics https://proustonomics.com Cent ans avec Marcel Proust Wed, 08 Apr 2020 06:06:33 +0000 fr-FR hourly 1 https://wordpress.org/?v=5.4 https://i1.wp.com/proustonomics.com/wp-content/uploads/2019/04/P.png?fit=32%2C32&ssl=1 Proustonomics https://proustonomics.com 32 32 161061539 Jeu-concours : gagnez « Chez Proust en tournant » de Jérôme Prieur https://proustonomics.com/jeu-concours-gagnez-chez-proust-en-tournant-de-jerome-prieur/ https://proustonomics.com/jeu-concours-gagnez-chez-proust-en-tournant-de-jerome-prieur/#respond Wed, 08 Apr 2020 06:00:00 +0000 https://proustonomics.com/?p=6651 Jouez avec les éditions La Pionnière et Proustonomics pour tenter de gagner un exemplaire du livre de Jérôme Prieur Chez Proust en tournant.

L’article Jeu-concours : gagnez « Chez Proust en tournant » de Jérôme Prieur est apparu en premier sur Proustonomics.

]]>
Contrepéterie avec image de Marcel Proust #2

Jeu-concours Proustonomics/Editions La Pionnière, deuxième épisode. Déchiffrez la contrepèterie proustienne et gagnez 3 exemplaires de Chez Proust en tournant, le journal de tournage de Jérôme Prieur sur le plateau du Temps retrouvé de Raul Ruiz. Il y incarnait M. Verdurin.

Les éditions de la Pionnière, après Dans les pas de Marcel Proust de William Friedkin, vous proposent de gagner 3 exemplaires du livre de Jérôme Prieur, Chez Proust en tournant. Evidemment, vous me connaissez, ce ne sera pas sans conditions… Le premier jeu-concours présentait une contrepèterie très raide, proustienne dans les deux sens, que 3 gagnants ont pu déchiffrer, mais en proposant une autre solution que celle que j’attendais ! On peut toujours m’écrire pour me faire une proposition et, si on la trouve, j’en serai ravi. Même si en ce moment, las d’être enfermé, ma peine à lire me pousse au jardin où je me suis mis au bêchage d’élite.
Le contrepet proposé cette fois-ci est plus compact, bien moins ardu, comme vous pouvez en juger ci-dessous, mais il est beaucoup plus leste et —indice ! — il n’est proustien que dans un sens.

Clarac à Nicolas : Fortuny !

Déchiffrez cette contrepèterie et envoyez-moi votre réponse à contact@proustonomics.com

Clarac est évidemment Pierre Clarac qui, avec André Ferré, avait publié Proust dans la toute première édition de la Pléiade (1954). Quant à Nicolas, cela peut être moi, Nicolas Christodoulou qui a signé un beau texte sur la traduction de Proust en grec ou, pourquoi pas, Nicolas Sarkozy — si finalement il a réussi à lire La Princesse de Clèves, car dans le cas contraire on le voit mal se mettre à la Recherche.

À vos copies : vous avez 4 jours

Les trois premiers participants qui trouvent une des solutions (il y a deux variantes, très légèrement différentes) gagnent chacun un exemplaire du livre de Jérôme Prieur. Comme vous êtes chez vous et que vous avez du temps pour réfléchir, je vous donne seulement 4 jours à partir de la date de publication de cet article (8 avril 2020) pour déchiffrer ce message codé, jusqu’au 12 avril 2020 à minuit.
Notez que les réponses faites sur Facebook, Twitter, etc. ne seront pas prises en compte. Bonne chance ! et surtout bonne chance aux habitants de Beaumont-le-Vicomte !

L’article Jeu-concours : gagnez « Chez Proust en tournant » de Jérôme Prieur est apparu en premier sur Proustonomics.

]]>
https://proustonomics.com/jeu-concours-gagnez-chez-proust-en-tournant-de-jerome-prieur/feed/ 0 6651
Une lettre inédite d’Adrien Proust https://proustonomics.com/une-lettre-inedite-dadrien-proust/ https://proustonomics.com/une-lettre-inedite-dadrien-proust/#comments Mon, 06 Apr 2020 06:00:00 +0000 https://proustonomics.com/?p=6488 Une lettre inédite du docteur Adrien Proust à la Comtesse Puslowska alors que l'épidémie de choléra ravage Paris, présentée par Pyra Wise.

L’article Une lettre inédite d’Adrien Proust est apparu en premier sur Proustonomics.

]]>

Adrien Proust écrit aux Puslowski « aux temps du choléra »

Le Fonds Pusłowski, de la Bibliothèque de l’Université Jagellonne de Cracovie, est constitué de la correspondance et des photographies de cette famille sur plusieurs générations. C’est dans ces archives que j’ai découvert une quarantaine de lettres inédites d’Adrien Proust, le père de Marcel Proust : trente-neuf lettres à la comtesse Geneviève Puslowska, née princesse Drucka-Lubecka (1821–1867) ; quatre au comte Sigismond Puslowski (1848–1913), le second fils de la comtesse ; et une de Jeanne Proust à ce dernier. Cette découverte est « capitalissime », selon le mot favori de Marcel Proust. On ne connaissait, à ce jour, que huit lettres d’Adrien Proust (deux conservées à la Rare Book and Manuscript Library, de l’Université de l’Illinois, à Urbana-Champaign, les six autres passées en vente). Mais la plupart sont d’ordre professionnel et, en outre, au moins trois sont en réalité de la main de Jeanne Proust. Ainsi, les – relativement – nombreuses lettres d’Adrien à cette comtesse polonaise permettent de découvrir son écriture, dans tous les sens du terme. On ne peut s’empêcher, à la lecture de cet ensemble, de confronter son style avec celui de son fils écrivain, qui fut aussi un grand épistolier.

« L’affection élève tout ce qu’elle touche »

En ces temps de confinement et de pandémie, il n’est pas inintéressant de publier quelques extraits de cette correspondance1. En effet, une lettre d’Adrien Proust à la comtesse Puslowska a été écrite pendant la propagation du choléra à Paris en 1865–1866. Si cette lettre ne concerne pas principalement cette épidémie, elle nous révèle cependant un Adrien Proust médecin empreint d’un humanisme tout simple, qui nous rappelle ainsi une vérité essentielle : « l’affection élève tout ce qu’elle touche ». Et comme cette affection nous apporte un réel réconfort lorsqu’elle est incarnée par un ami et/ou médecin, même éloigné, qui s’enquiert de nos grands mais aussi de nos petits maux ! Le lecteur trouvera aussi, dans la présentation de cette lettre, quelques extraits de celles à Sigismond de 1867, où il est question, de nouveau, du choléra, ainsi que des quarantaines imposées en Europe2.

Davantage qu’une patiente

Je n’ai pu déterminer exactement quand Adrien Proust a rencontré la comtesse Geneviève Puslowska, qui s’était installée à Paris avec ses deux fils, après la mort de son mari, le comte Ladislas Jan Adam Puslowski (1801–1859). Adrien Proust, comme plus tard Marcel, datait rarement ses lettres, qui se situent probablement entre 1864 et 1867, l’année de la mort prématurée de la comtesse. Leur relation a dû, au début, être celle habituelle entre un médecin et sa patiente. Pour la carrière du jeune docteur Proust, qui terminait ses études et commençait à s’établir, la pratique d’une telle patiente, une riche aristocrate, était considérable. D’autant qu’elle devait lui amener d’autres patients fortunés, tels que les membres de sa famille installés à Paris ainsi que des amis. Les lettres d’Adrien Proust laissent à penser qu’ils se fréquentaient déjà depuis un certain temps. Elles révèlent que leurs rapports évoluèrent vers une grande amitié, et même une certaine intimité. On découvre ainsi qu’Adrien Proust et la comtesse se voyaient très régulièrement, notamment le soir, pour dîner ou sortir au théâtre. Certaines lettres dépassent ainsi le commerce usuel entre un docteur et sa patiente, ou l’expression d’une sympathie ordinaire. Leur ton devient plus intime et même parfois mélodramatique, laissant penser qu’il y avait là peut-être un soupçon d’amitié amoureuse…

« Révolution et état de siège »

Adrien Proust deviendra non seulement le médecin mais aussi le conseiller, le protecteur, puis l’ami des deux fils Puslowski, François et Sigismond. Ainsi, en mars 1867, trois mois seulement après la mort de Geneviève Puslowska, il envisagea de faire un voyage avec Sigismond en Espagne et au Portugal. Mais en août, il changea leurs plans, à cause de remous politiques et de la pandémie du choléra :

« Notre voyage en Espagne me paraît impossible : il y a partout révolution et état de siège – donc pas de voyage possible de ce côté – En Hollande et en Belgique, en Italie en Sicile il y a le choléra, rien de ce côté – je ne vois que Constantinople par le Danube (Vienne et Munich) je vais regarder si la chose peut se faire ces 20 ou 22 jours et si cela est possible et si ce voyage vous convient nous pourrions le tenter. »

Des milliers de kilomètres à travers l’Europe

Dans une deuxième lettre, il renonça à cet itinéraire, à cause, cette fois, de quarantaines, et en proposa un autre :

« Il est impossible d’aller par le Danube, on ne peut que revenir de ce côté. En y allant on serait pris par les quarantaines, et on perdrait 8 jours. Il faut donc aller par Marseille et la Méditerranée. […] Nous resterions une dizaine ou douzaine de jours à Constantinople pour voir la ville, et en même temps pour admirer la côte d’Asie. Puis nous reviendrions par le Danube, et nous verrions en passant Vienne, Munich. Cela vous convient-il ? »

Rien ne permet de confirmer qu’Adrien réalisa finalement ce voyage avec Sigismond. En revanche, on connaît celui qu’il fit d’août à octobre 1869, lorsqu’il fut envoyé par le ministère du Commerce pour une mission d’information sur le choléra en Russie et en Perse. Son périple s’achève par des étapes en Turquie, en Grèce en Italie et à Marseille. Cette longue expédition est attestée par le rapport qu’il rendit aux autorités mais elle est, finalement, très peu documentée quant à ses impressions personnelles. Pour la décrire, les biographes citent généralement d’autres voyageurs de la même époque. On aimerait pouvoir dire que, lors de sa première mission, Adrien Proust ne connaissait pas seulement le trajet de 113 km d’Illiers à Paris, comme l’explique son biographe, Daniel Panzac, mais qu’il avait déjà parcouru des milliers de kilomètres à travers l’Europe, jusqu’à Constantinople et retour.

Si Adrien ne fit peut-être pas ce voyage, il renforça cependant son lien avec Sigismond lorsqu’il lui fit une autre proposition : d’être le parrain de son second fils, Robert. Il demanda aussi à la belle-sœur de Sigismond d’en être la marraine. Celle-ci, Léontine Puslowska, née Wlodek Prawdzic (1844–1915), était l’épouse de François Puslowski (1843–1908), le fils aîné de la comtesse Geneviève Puslowska. Par ce geste, Adrien Proust voulait certainement consolider l’attachement de sa famille pour les Puslowski, qu’il conservait fidèlement depuis la disparition de la comtesse, en transmettant ce lien aux futures générations. L’unique lettre de Jeanne Proust à Sigismond montre comment elle hérita de l’affection de son mari pour la comtesse, qu’elle n’avait probablement jamais rencontrée, et qu’elle la reporta sur les fils Puslowski, leurs épouses et jusqu’à leurs enfants. Il est regrettable qu’aucune autre lettre de Jeanne aux Puslowski, ni de ceux-ci aux Proust, n’ait été retrouvée à ce jour, alors qu’il est certain que les deux familles entretinrent une correspondance, car les lettres entre divers Puslowski y font souvent allusion. La lecture des lettres de cette famille permet en tout cas de suivre leurs rencontres avec les Proust, jusqu’à ce qu’ils quittent Paris et s’installent définitivement en Pologne.

Lettre inédite d’Adrien Proust à la comtesse Geneviève Puslowska

[Entre juillet 1865 et novembre 1866]

Madame la Comtesse,

Ce n’est pas pour vous prouver une fois de plus que je suis incapable de manquer à mes promesses, que je vous écris cette lettre. Vous savez trop bien que je tiens tout ce que je dis, et cette nouvelle preuve n’était pas nécessaire, elle était même superflue. Mais j’ai voulu vous écrire immédiatement pour vous reporter ce que je vous disais en partant/vous quittant : le vide que me causait/ent le départ et l’éloignement.

Je désire aussi vous renouveler mes diverses recommandations sur votre santé, et l’état sanitaire des vôtres. Bulletin quotidien et détaillé. Que devient le pouce de M. Sigismond ? L’orifice est-il tout à fait fermé ? Ou le bain parvient-il encore à l’ouvrir ? Les entrailles de M. François sont-elles redevenues à leur état normal ? Et vous, Madame la Comtesse, vous inquiétez vous toujours des absents ? Nous les ferons revenir, mais attendons.

Pour ce qui est de moi, je ne puis rien vous dire de bien intéressant : chemin de fer peu long mais avec prodigalité de poussière. Aucune description pittoresque n’est possible : il faudrait trop d’imagination, et ne pas craindre d’altérer la vérité.

Je termine en vous rappelant vos promesses : les lettres d’abord, et vous savez aussi que les promenades en omnibus ou les promenades seule/toute seule sont rigoureusement interdites : le fiacre lui-même ne peut pas être accepté : c’est dans le fiacre que les cholériques sont conduits à l’Hôpital. Ces recommandations seraient presque ridicules si l’affection n’élevait tout ce qu’elle touche.

À vous de cœur

A Proust

Lundi

  1. Je prépare une édition de cette correspondance d’Adrien et Jeanne Proust avec les Puslowski. En attendant, voici une petite pré-publication. Voir aussi mes articles, « Les Puslowski, parrain et marraine de Robert Proust, avec une lettre inédite d’Adrien Proust », Bulletin d’Informations proustiennes, n o  48, 2018, p. 37–48 ; et « W poszukiwaniu przyjaźni między rodziną Pusłowskich a Proustami [À la recherche de l’amitié entre les Puslowski et les Proust] », dans le catalogue de l’exposition Xawery Pusłowski. Krakowski – Polski – Światowy, Cracovie, Musée de l’Université Jagellonne, 2019, p. 41–45.
  2. Sur le dévouement d’Adrien Proust envers les malades du choléra en 1866, voir Robert Le Masle, Le Professeur Adrien Proust (1834–1903), Paris, Librairie Lipschutz, 1935 (en particulier p. 36). Sur Adrien Proust hygiéniste, voir Daniel Panzac, Le Docteur Proust. Père méconnu, précurseur oublié, Paris, L’Harmattan, 2003, et « La priorité du Pr Adrien Proust : la défense sanitaire », La Revue du praticien, no 54, 2004, p. 2080–2085 ; ainsi que Alain Ségal et Bernard Hillamand, « L’hygiéniste Adrien Proust, son univers, la peste et ses idées de politique sanitaire internationale », Histoire des Sciences médicales, t. XLV, no 1, 2011, p. 63–69 ; Bernard Hillemand, « Rénovation de la prévention des épidémies au XIXe siècle. Rôle majeur des pionniers et novateurs de l’Académie de Médecine, injustement oubliées », Bulletin de l’Académie Nationale de Médecine, 195, no 3, 2011, p. 755–772 ; et enfin, Bernard Hillemand, « Trois hygiénistes, C.R. Prus, S.A. Fauvel et A. Proust, et leurs rapports avec l’Orient. Continuité de pensée et d’action dans la prévention des épidémies », Histoire des Sciences médicales, t. XLVI, no 3, 2012, p. 245–253.

L’article Une lettre inédite d’Adrien Proust est apparu en premier sur Proustonomics.

]]>
https://proustonomics.com/une-lettre-inedite-dadrien-proust/feed/ 6 6488
Selon Montesquieu https://proustonomics.com/selon-montesquieu/ https://proustonomics.com/selon-montesquieu/#comments Sun, 05 Apr 2020 06:30:00 +0000 https://proustonomics.com/?p=6558 En faisant son nettoyage de printemps, Paul Strocmer est tombé sur cette lettre inédite de Montesquieu, écartée des Lettres Persanes.

L’article Selon Montesquieu est apparu en premier sur Proustonomics.

]]>
Pierre-Michel Alix (1762–1817). « Montesquieu, Charles de Secondat, baron de la Brède (1689–1755) ». Gravure. Paris, musée Carnavalet.

Paul Strocmer, comme bon nombre d’entre nous, profite de sa claustration pour ranger et classer ses archives monstrueuses. Et c’est dans ce pandémonium qui lui tient lieu de bureau, au milieu des livres, des thèses, des manuscrits, des partitions de musique, des factures et des relances du Trésor public, qu’il a retrouvé cette lettre persane (et perçante) inédite. Dans cette missive écartée de l’édition finale, Montesquieu prête à Usbek des propos qui déclencheraient aujourd’hui la colère des pasionarias féministes. Mais gardons-nous de juger cette époque en chaussant les lunettes du XXIe siècle et apprécions en silence l’art épistolier du baron.

Lettre CLXII
Usbek, à Ibben
A Smyrne


Tu ne le croirais pas, mon cher Ibben, mais il arrive à Paris une chose bien extraordinaire. Depuis que je suis en cette ville, plus grande même qu’Ispahan, tu as pu lire combien de fois j’ai maudit cette sorte de convulsion qui prend les Parisiens lorsqu’ils mènent leur machine au dehors : ils ne marchent pas, ils courent, ils volent, et c’est à qui se rompra les os le plus vite, comme ces dervis tournant sur eux-mêmes que l’on rencontre parmi ces chiens d’Ottomans. Tu jurerais que leur seule passion est de se coller les uns aux autres, pour vaquer à leurs affaires, se consacrer à leur état ou s’adonner à ces boissons heureusement proscrites par la sagesse de notre grand Hali. Je fus l’autre soir en l’un de ces lieux de perdition, près d’un canal qui porte le nom d’un de leurs saints supposés, et où je fus bien près de me noyer, tout bousculé que j’étais par la foule des buveurs. Et bien, figure- toi que ce même soir, les Médecins et les Apothicaires du jeune souverain, réunis en une solennelle assemblée, donnèrent l’ordre exprès à tout ce peuple de rester chez soi, comme en ces sortes de Mosquées qu’ils appellent cloîtres, et de procéder à bien plus d’ablutions qu’à l’accoutumée. Il est vrai qu’un fléau venu d’Orient sème la désolation : la conversation et les étreintes, qui sont bien les deux choses les plus en faveur parmi ce peuple léger et vain, leur sont devenues les plus ennemies. Le mal frappe surtout leurs anciens, et l’on craint pour l’épouse du jeune roi lui-même : tu le sais, ce n’est pas le moindre prodige en ce Royaume que de voir un souverain si jeune affublé d’une épouse si vieille.
Ainsi les rues se retrouvent-elles tranquilles et silencieuses comme le désert de notre saint Prophète, et les femmes françaises tout proprement comme en notre Sérail, à cela près que ce sont elles qui le gouvernent. Je te laisse juger, mon cher Ibben, du sort qu’elles réservent à leurs époux, si peu accoutumés d’ordinaire à les fréquenter d’aussi près.

De Paris, le premier de la lune de Saphar, 2020.

L’article Selon Montesquieu est apparu en premier sur Proustonomics.

]]>
https://proustonomics.com/selon-montesquieu/feed/ 4 6558
Proust et la ponctuation : entretien avec Isabelle Serça https://proustonomics.com/proust-et-la-ponctuation-entretien-avec-isabelle-serca/ https://proustonomics.com/proust-et-la-ponctuation-entretien-avec-isabelle-serca/#comments Sat, 04 Apr 2020 06:00:00 +0000 https://proustonomics.com/?p=6388 Descente dans les profondeurs, les détails et la ponctuation de la phrase proustienne avec Isabelle Serça, auteur et professeur à Toulouse.

L’article Proust et la ponctuation : entretien avec Isabelle Serça est apparu en premier sur Proustonomics.

]]>
Isabelle Serça par Catherine Hélie ©Editions Gallimard

Les livres qui évoquent le style de Marcel Proust en profondeur ne sont pas monnaie courante. Isabelle Serça, professeur de langue et de littérature française à l’université de Toulouse-Jean Jaurès et membre de l’équipe Proust à l’ITEM, a consacré sa thèse universitaire à l’étude du style de Proust, et plus particulièrement à la ponctuation et à la figure de la parenthèse dans la Recherche. De cette thèse étonnante dans laquelle elle se livrait à un examen approfondi de l’étoffe proustienne jusqu’au détail des fibres, elle a tiré un livre remarquable bien qu’un peu ardu pour les novices en linguistique, Les coutures apparentes de la Recherche (Champion, 2010). Cet ouvrage sera suivi d’un autre ouvrage, plus général, sur la ponctuation dans la création artistique chez Gallimard, Esthétique de la ponctuation (2012).
Pour cet entretien, elle a accepté de revenir sur ses travaux dans une langue moins technique, mais qui n’atténue en rien la force et l’originalité de ses analyses (les quelques termes spécialisés étant présentés ici en liens hypertextes).
Isabelle Serça fait apparaître sous un autre jour le goût de Proust pour la digression, la symétrie et la vérité ; elle dissèque le statut, le rôle et la fonction des parenthèses dans la phrase et dans la narration proustiennes tout en révélant de façon inédite la figure de l’auteur selon Proust : celle du traducteur — un artiste qui cherche à dissiper la confusion par l’analyse et la quête de l’expression juste.


Votre état civil vous prédestinait, me semble-t-il, à vous intéresser à des questions de linguistique. Par exemple, pour illustrer l’ordre SVO (Sujet Verbe Objet) : « Isabelle sert ça », « Isabelle serre ça» ou encore « Ça sert Isabelle », ces énoncés étant déclinables au mode interrogatif ou exclamatif ; le vocatif : « Isabelle ! Serre-ça ! », etc.
Au surplus, vous avez aussi un signe diacritique — une cédille — dans votre patronyme, ce qui n’est pas si fréquent. Qu’en pensez-vous ?

Effectivement ! Je me souviens encore de cette lecture à voix haute d’Eugénie Grandet en classe de troisième, lorsque le père Grandet est à l’agonie et qu’il dit « serre, serre ça pour qu’on ne me vole pas »… Mince alors ! Mon patronyme associé à la ladrerie, et devant tous mes camarades ! Gêne cuisante…
Quant à la cédille, oui, c’est très intéressant, car l’usage de ce signe diacritique, comme vous dites justement, se perd et je n’ose plus épeler mon nom car lorsque j’en arrive à ce moment critique, la plume de mon interlocuteur hésite, volette autour du C, « voyons où met-on cette petite chose ? en haut ? en bas ? est-ce une apostrophe ? »… Ce qui fait que pour
épargner de longues explications inutiles, j’épèle s‑e-r-c‑a et je m’appelle Serca, ce qui change tout, n’est-il pas vrai ?
(Ceci dit, et au risque de choquer les puristes, la cédille est tout de même un très bel exemple de la difficulté de l’orthographe du français : une lettre — « c » — qui se prononce tantôt [s] (devant les voyelles « e » ou « i »), tantôt [k] (devant les voyelles « a », « o » et « u ») et un signe diacritique si on veut que ce « c » se prononce tout de même [s] devant « a », « o » et « u »… Pas simple !)

Une question rituelle avant d’aller plus loin dans le détail : quelle a été votre expérience de lecture de la Recherche ?
Et bien, c’était il y a longtemps, j’étais tombée au collège sur des morceaux choisis qui m’avaient accrochée et en seconde, un professeur extraordinaire, Gérard Timmermans, avait proposé à un petit groupe de volontaires de mettre en voix un montage de bouts de la Recherche et à partir de là, nous avions basculé, une amie et moi, dans le grand texte…

Racontez-moi comment vous en êtes venue à travailler sur ce sujet, qui peut paraître dérisoire et anecdotique à certains, mais dont on verra qu’il en est en vérité vertigineux, de la ponctuation dans la Recherche. Quel en a été le cheminement ?
Disons que lorsque j’ai commencé à penser à une thèse, j’avais toujours Proust en arrière-plan, mais aucune envie de travailler sur une thématique, du type « l’homosexualité chez Proust » : c’est le style qui m’intéresse, la lettre du texte ou si l’on veut, la forme, plus que le fond ; par ailleurs, je me disais ce que dit La Bruyère : « Tout est dit, et l’on vient trop tard… » : je pensais qu’il était impossible de faire quelque chose de nouveau sur un tel auteur.

Et puis mon œil a été attiré par ces parenthèses, très nombreuses dans le texte et je me suis dit qu’il y avait là quelque chose d’intéressant et presque une démarche iconoclaste : un si petit point d’entrée pour une œuvre si vaste ! Qui plus est, un signe de ponctuation, c’est-à-dire une forme a priori sans aucune signification… « La parenthèse chez Proust » : un tel sujet, c’était une vraie gageure car à cette époque la ponctuation n’avait pas acquis le statut dont elle jouit aujourd’hui : dans les éditions, on corrigeait la ponctuation des auteurs comme on corrigeait leur orthographe. En témoigne l’édition, à quelque trente ans de distance, des deux éditions de la Recherche dans la Pléiade : dans la première, la ponctuation de Proust est modifiée, avec en particulier beaucoup de virgules qui ont été ajoutées alors que dans la seconde, dirigée par Jean-Yves Tadié, on s’est montré plus respectueux de la ponctuation originale. Bref, la ponctuation a progressivement quitté le domaine de celui qu’on appelait le prote — l’ouvrier du livre — pour faire pleinement partie du style de l’auteur. Bref, à l’époque, on trouvait qu’il s’agissait là d’un sujet de thèse pour le moins bizarre et les littéraires me demandaient en haussant les sourcils si j’allais compter toutes les parenthèses de la Recherche
C’étaient donc les parenthèses qui m’intéressaient avant tout. J’étais frappée par le fait que ce terme de « parenthèse » est polysémique, désignant certes les signes de ponctuation, mais aussi cette figure qu’est la digression… Et ce n’est rien à côté des variations plus ou moins lacaniennes que l’on peut faire sur « je pars en thèse » ou « la thèse sur les parents » etc. : mes enfants, qui étaient tout petits, ont dû être marqués à vie par leur mère qui faisait
« une thèse sur la parenthèse », et je me souviens de mon fils s’immobilisant devant une trace laissée dans le ciment du trottoir par un tonneau et s’écriant « Maman, une parenthèse ! ».

Cette sorte de processus normatif dans l’édition de la Recherche est-il moins marqué pour Du côté de chez Swann, où il était pour ainsi dire seul aux commandes, que pour les volumes suivants ? Ou en d’autres termes, Proust a‑t-il été « domestiqué » par ses différents éditeurs, alors qu’il souhaitait un livre d’un seul bloc, sans aucun alinéa ?
Proust a été en effet en butte aux normes éditoriales en vigueur chez Grasset tout d’abord, puis ensuite chez Gallimard. Il est difficile de parler des publications posthumes, évidemment, mais on voit avec les premiers volumes que Proust n’était pas indifférent à la ponctuation, réclamant ici une ligne de blanc ou là un retour à la ligne dans ses corrections. Ce qui lui importait le plus, c’est ce qu’on pourrait appeler un souci de continuité (comme le fondu dans la diction de la Berma, CG I, t. II, p. 351) tant du point de vue de la division en volumes que de la disposition du texte sur l’espace de la page ou encore de l’usage des signes eux-mêmes — ce que j’appelle la ponctuation d’œuvre, la ponctuation de page et la ponctuation de phrase. Pour la division par exemple, il entre dans des tractations interminables avec Grasset pour obtenir un premier volume qui soit le plus long possible, quitte à le couper au milieu d’un développement pour mieux marquer l’unité de l’œuvre. Il confie en 1913 à Élie-Joseph Bois qu’il est comme « comme quelqu’un qui a une tapisserie trop grande pour les appartements actuels et qui a été obligé de la couper ». On retrouve ce souci de continuité dans les demandes pressantes que Proust adresse à ses éditeurs pour obtenir un texte qui fût compact, mais la plus grande partie de ces indications — qu’elles soient portées sur les épreuves ou formulées dans une lettre — n’ont pas été prises en compte ; les éditeurs n’ont eu de cesse d’aérer le texte proustien, ménageant des blancs, scindant les paragraphes ou présentant les dialogues selon les normes habituelles, bref, adoptant une disposition plus claire et plus aérée.

Est-ce que sur le plan statistique cette surreprésentation de la figure de la parenthèse (sous la forme de parenthèses typographiques ou de tirets typographiques) chez Proust a été mesurée, en comparaison d’autres romans de la même époque ?
Oui : Étienne Brunet (Le Vocabulaire de Marcel Proust, Genève-Paris, Slatkine-Champion, 1983) a mené des études de statistique lexicale qui montrent que l’« effectif réel » du nombre de parenthèses dans la Recherche est nettement supérieur à l’« effectif théorique » d’après l’époque. Il faut resituer la chose dans le contexte du début du XXe siècle, où l’on constate que les parenthèses et le tiret double connaissent une nette montée en puissance chez les écrivains dans le courant du XXe siècle, même si le mouvement était amorcé dès le XIXe.
On peut noter à ce sujet un détail qui témoigne du peu d’importance que l’on accordait naguère à la ponctuation. Étienne Brunet a travaillé d’après les données du T.L.F. (Trésor de la langue française) et l’on connaît la rigueur de ce dictionnaire de référence et du travail de l’INALF (Institut National de la Langue Française). Cependant, ses conclusions statistiques ne sont valables que pour les parenthèses proprement dites, car le tiret a été confondu, lors de la saisie, avec le trait d’union : impossible donc d’en rien dire, même si l’on sait que le signe, qui nous vient des anglo-saxons, apparaît plutôt au XIXe alors que la parenthèse, apparue dès la Renaissance, est italienne. Les règles typographiques distinguent les deux signes : le tiret, qui est précédé et suivi d’une « espace forte »1, est plus long que le trait d’union, qui n’est pas séparé des caractères qui l’entourent.

Proust aimait l’accumulation et la juxtaposition, et la correction permanente, comme une quête de vérité à la fois rapide et tâtonnante où il cherche l’expression ou l’image la plus juste. La parenthèse est-elle aussi une marque de correction, qui ne sera pas effacée mais au contraire dévoilée sciemment, assumée ?
Proust ne pouvait qu’avoir une prédilection pour ces signes qui permettent de revenir sur ce que l’on vient de dire, de se corriger, de reformuler les choses ou bien d’en ajouter une autre, d’ouvrir des chemins de traverse : tout dire et dire plusieurs choses à la fois. Les parenthèses permettent en effet, si l’on peut dire, d’écrire sur plusieurs lignes, comme sur une partition et de dire ainsi — chose impossible à l’oral ! — plusieurs choses à la fois : on pense à Proust et à son élocution précipitée qu’ont évoquée les témoins. Il évoque lui-même dans la Recherche l’art de l’incidente, ou comment dire le plus important entre parenthèses :

Dans certaines familles menteuses, un frère venu voir son frère sans raison apparente et lui demandant dans une incidente, sur le pas de la porte, en s’en allant, un renseignement qu’il n’a même pas l’air d’écouter, signifie par cela même à son frère que ce renseignement était le but de sa visite, car le frère connaît bien ces airs détachés, ces mots dits comme entre parenthèses à la dernière seconde, car il les a souvent employés lui-même.

(La Prisonnière, t. III, p. 617)

Mais comme toujours chez Proust, le Temps n’est pas dissocié de l’espace…
En effet, la parenthèse entretient un rapport privilégié avec le temps, comme on le voit dans l’expression « faire une parenthèse dans sa vie » qui désigne un moment particulier où l’on se retire du cours habituel de notre vie. J’ai en effet un problème avec le temps, courant après lui, si je puis dire — courant après ce temps qui nous manque toujours et qui ne nous
rate jamais, comme dit mon amie évoquée plus haut. Et bien, quand on est dans la parenthèse, bien installé entre ses courbes, on est hors du temps, comme dans l’expérience de la réminiscence… Cette position fantasmatique a pour moi un attrait puissant, et j’aime à penser au statut d’extraterritorialité dont jouit le citoyen de la parenthèse. Du point de vue de l’écriture, quand on fait une parenthèse dans une phrase (et à l’oral, on baisse le ton), on a l’illusion, en suspendant le cours syntaxique de la phrase, de suspendre le cours du temps lui-même.

Vous évoquez d’ailleurs une « parenthèse temporelle » particulière.
Oui, elle est située dans la description de l’église de Combray par le Narrateur-enfant pour qui elle représente « quelque chose d’entièrement différent du reste de la ville » ; il a en effet l’impression, lorsqu’il s’avance dans la nef, de franchir « non pas simplement quelques mètres », mais des temps différents :

[…] tout cela faisait [de l’église] pour moi quelque chose d’entièrement différent du reste de la ville : un édifice occupant, si l’on peut dire, un espace à quatre dimensions — la quatrième étant celle du Temps — déployant à travers les siècles son vaisseau qui, de travée en travée, de chapelle en chapelle, semblait vaincre et franchir non pas seulement quelques mètres, mais des époques successives d’où il sortait victorieux ;

« Combray », Du côté de chez Swann, RTP, t. I, p. 60

C’est très exactement ce que signifie la parenthèse (marquée par le tiret double) puisqu’elle déplie la quatrième dimension du temps à l’intérieur de la phrase. On pourrait presque parler de mimesis, dans la mesure où le tiret double inscrit dans le dessin même du texte un espace dont la quatrième dimension est le temps.

Et qu’en est-il de l’expansion de la phrase proustienne ?
Au-delà des parenthèses, les signes de ponctuation sont ces minuscules outils qui dessinent la phrase et, partant, donnent une forme au temps. C’est en fait une question de rythme. On est loin de la dictée à haute voix de l’instituteur qui n’oubliait pas ces signes dans son oralisation du texte : virgule, deux-points et point final. La phrase est alors, non plus cette
structure grammaticale que l’on décompose au tableau, mais une forme qui se donne dans le temps. Chez Proust, elle est longue, elle s’étire et semble vouloir toujours repousser le point final ; les parenthèses ralentissent encore cette course vers la fin.
La phrase se développe en effet par un mouvement d’expansion quasi-continu et les ajouts — les « ajoutages », dirait Proust — se disposent les uns à la suite des autres comme dans cette phrase qui présente deux parenthèses, à elles seules plus longues que la phrase d’accueil :

« Le curé (excellent homme avec qui je regrette de ne pas avoir causé davantage, car s’il n’entendait rien aux arts, il connaissait beaucoup d’étymologies), habitué à donner aux visiteurs de marque des renseignements sur l’église (il avait même l’intention d’écrire un livre sur la paroisse de Combray), la fatiguait par des explications infinies et d’ailleurs toujours les mêmes. »

« Combray », t. I, p. 101

Cette phrase présente une cascade d’éléments apposés ou juxtaposés au syntagme qui ouvre la phrase « le curé ». Cette expression, qui est le sujet, est ainsi séparée de son verbe et du complément (« la fatiguait »). Ce mouvement est intrinsèque à l’écriture de Proust, qui reprenait maintes fois tel ou tel passage et ajoutait encore et encore au fil des versions, comme on peut le voir dans les brouillons. La phrase avance ainsi par « germination » ou « efflorescence » dirait Proust, par juxtaposition ou parataxe dirait un linguiste.

La Recherche elle-même présente la forme de parenthèses géantes. Le début serait la parenthèse ouvrante, la fin la parenthèse fermante, les deux ayant été écrites conjointement selon Proust. Une fois qu’il a posé ces deux signes, il peut faire grossir l’ensemble de l’intérieur. Et c’est exactement ce qu’il fait : il fait gonfler le roman de l’intérieur, indéfiniment, s’autorisant même des parenthèses dans les parenthèses, Un amour de Swann par exemple.
Tout à fait, c’est une approche de l’œuvre qui me semble tout à fait juste. C’est d’ailleurs sur un saut de ce genre, du macrocosme de l’œuvre au microcosme de la phrase (et inversement) que je me suis fondée. Et « Un Amour de Swann », avec ce saut dans le temps de la diégèse et cet usage de la 3e personne, apparaît bien, vous avez raison, comme une parenthèse dans l’œuvre. La genèse de la Recherche montre que l’œuvre gonfle de l’intérieur, comme la phrase se gonfle de la parenthèse qu’elle contient. Voir la phrase (ci-dessus) sur « le curé […] la fatiguait » où le sujet est séparé du groupe verbal ou bien la dernière phrase de la Recherche, qui est littéralement écartelée par une disjonction soulignée par un tiret simple. C’est comme une pâte qui lève — une pâte feuilletée, faudrait-il préciser, car les parenthèses déplient différents plans au sein de la phrase.

The Matter of Time de Richard Serra – Tony Hisgett from Birmingham, UK / CC BY (https://creativecommons.org/licenses/by/2.0)

La ponctuation n’est pas l’apanage exclusif de la littérature.
La ponctuation est le trait formel du rythme ; et le rythme, c’est Peter Brook qui le dit, est « le facteur commun à tous les arts ». D’où le fait qu’au-delà de la littérature, ce terme de ponctuation est utilisé ailleurs, dans les arts, où il reçoit tantôt une acception spatiale, comme en peinture, tantôt une acception temporelle comme en musique, voire spatio-temporelle au cinéma, en architecture ou dans certaines installations contemporaines comme celle de Richard Serra, The Matter of time.

En guise de conclusion, pouvez-vous évoquer votre projet ProusTime ?
Le personnage principal de la Recherche, c’est le temps ou cette « forme incarnée du temps » qu’est la mémoire. D’où le projet ProusTime, qui réunit une petite douzaine de chercheurs toulousains de domaines très éloignés (neurosciences, physique, économie, histoire, linguistique, arts plastiques, etc.) et dont l’objectif est de confronter les conceptions du temps et de la mémoire que proposent ces différents domaines à partir de la représentation et de la forme stylistique qu’en offre À la recherche du temps perdu.
ProusTime, c’est faire le pari que la littérature a des enjeux « cognitifs » comme on dit : ce n’est pas simplement un réservoir de belles images. Les écrivains mettent en mots des phénomènes qui n’ont pas encore été modélisés par les spécialistes, comme on le voit avec la description du fonctionnement de la mémoire par Proust.

Entretien réalisé en avril 2020.

  1. Certaines maisons d’édition, revues et journaux utilisent cependant une demi-espace après et avant les tirets doubles et la ponctuation haute

L’article Proust et la ponctuation : entretien avec Isabelle Serça est apparu en premier sur Proustonomics.

]]>
https://proustonomics.com/proust-et-la-ponctuation-entretien-avec-isabelle-serca/feed/ 4 6388
Les commentaires clients de la Recherche sur Amazon.com https://proustonomics.com/les-commentaires-clients-de-la-recherche-sur-amazon-com/ https://proustonomics.com/les-commentaires-clients-de-la-recherche-sur-amazon-com/#comments Wed, 01 Apr 2020 06:00:00 +0000 https://proustonomics.com/?p=6210 Critique en une seule phrase de l'anthologie "Les commentaires clients de la Recherche sur Amazon.com" (Bibliothèque proustienne, Classiques Garnier, 2020).

L’article Les commentaires clients de la Recherche sur Amazon.com est apparu en premier sur Proustonomics.

]]>
CRITIQUE EN UNE PHRASE. Les commentaires clients de la Recherche sur Amazon.com (Classiques Garnier, Bibliothèque proustienne, 2020).

Programmé pour une parution le 23 mars dans la collection proustienne dirigée par Luc Fraisse, cette nouvelle livraison sera sans doute retenue de longues semaines dans les entrepôts du distributeur pour cause de Covid-19 ; ici, pas de thèse universitaire ou de recherche fumeuse mais un des livres les plus originaux parus ces dernières années sur Proust, une anthologie monstrueuse de 784 pages, sans glose d’aucune sorte, un formidable document anthropologique post-moderne, une bombe quasi situationniste qui rassemble l’intégralité des commentaires publiés par les clients Amazon (anonymisés pour d’évidentes raisons juridiques) sur toutes les éditions de la Recherche (aussi bien la Pléiade que les éditions de poche ou les livres numériques) et dont voici un florilège brut et brutal, avec l’orthographe et la ponctuation d’origine :

Commencé après le dernier Musso, j’ai trouvé ça ardu mais je m’accroche

Un auteur prometteur, à suivre…
je vais m’intéresser à ses autres bouquins…

Un downton abbey à la française.

Livré rapidement, objet conforme à sa description. recommandé.

Cela ne vaut pas Camus ou Mauriac.

C’est simple : je ne sais plus quoi acheter après ce livre.

Reçu le dernier volume que j’ai posé sur ma table basse. Toujours stylé en cas de visites.

J’essaie tous les dix ans de relire Proust et Joyce (Ulysse).
Tous les dix ans je cale après 20 pages.
ce n’est pas pour moi.

Des phrases tellement longues que parfois on ne sait plus quel en était le sujet ou l’objet de la phrase mais auteur intéressant à connaître, pour notre culture personnelle.

c’est un bel exercice littéraire mais chiant au possible

Livre en parfait état, livraison très rapide et en plus 10% du prix de vente net reversé à des associations en faveur de la culture et de la préservation de la planète.

Ennuyeux, long, barbant et assommant.

J’ai adoré le bouquet final

Une écriture et un style alambiqué, une historie plate, un héros franchement détestable qui ne cesse de plaindre sa condition de petit bourgeois… En bref, une grosse déception !

L’article Les commentaires clients de la Recherche sur Amazon.com est apparu en premier sur Proustonomics.

]]>
https://proustonomics.com/les-commentaires-clients-de-la-recherche-sur-amazon-com/feed/ 8 6210
David Hockney, Narrateur de son environnement https://proustonomics.com/david-hockney-narrateur-de-son-environnement/ https://proustonomics.com/david-hockney-narrateur-de-son-environnement/#comments Mon, 30 Mar 2020 06:00:00 +0000 https://proustonomics.com/?p=6246 Un texte inédit de Jean Frémon, romancier et galeriste, sur le peintre David Hockney et la façon dont son œuvre dialogue avec celle de Proust.

L’article David Hockney, Narrateur de son environnement est apparu en premier sur Proustonomics.

]]>
David Hockney « My Parents and Myself » 1976 Oil on canvas with masking tape 72 x 72″ © David Hockney Photo Credit: Richard Schmidt Collection The David Hockney Foundation

Jean Frémon, romancier, essayiste et directeur de la Galerie Lelong, nous fait parvenir ce texte inédit évoquant son voisin en Normandie, le grand peintre britannique David Hockney, dont il est le galeriste, et plus précisément la manière dont l’œuvre de l’artiste dialogue avec celle de Marcel Proust.

Dans un entretien, le peintre David Hockney cite cette remarque de Roger Shattuck que pour le lecteur, la figure de Marcel n’est jamais précise, c’est une sorte de vide autour duquel le monde s’ordonne.

Devant la fenêtre imaginaire avec laquelle la peinture classique découpe une tranche du monde, le spectateur, ce cyclope paralytique, esclave de la perspective monofocale, voit un infini qui le fuit. Un monde où il n’entre pas.

Bien des peintres ont tenté, d’une manière ou d’une autre, de se libérer de la tyrannie de la perspective. David Hockney a souvent privilégié son inversion pure et simple : les parallèles, au lieu de converger vers l’infini, divergent, ce qui a pour effet de propulser le premier plan vers le spectateur et de l’inclure dans la composition.

N’y aurait-il pas une relation entre la manière dont nous figurons l’espace et la manière dont nous nous y comportons ? demande David Hockney.

C’est à cela que je pensais ce matin, seul avec quelques mouettes, sur la plage de Cabourg, face au Grand Hôtel. Je tentais de repérer sur la façade aux volets fermés en ces temps de confinement, la fenêtre de la chambre 414 d’où le narrateur, cette sorte de vide, suivait les évolutions de la petite bande. Le monde s’ouvre, il ne finit pas. Nous sommes dedans, pas devant. Et le présent est gros du passé.

A quelques kilomètres de Cabourg-Balbec, à côté de Cambremer où Madame de Villeparisis prenait le petit train, David Hockney s’est installé depuis quelques mois, avec le projet de peindre l’arrivée du printemps. Il peint ce qui est autour de lui à 360 degrés. Sa peinture a toujours été une sorte d’autobiographie. Narrateur de son environnement, il est devenu lui aussi cette sorte de vide autour duquel le monde s’ordonne.

Quelques semaines avant le confinement, j’étais avec lui à Londres pour le vernissage de son exposition Drawing from life, à la National Portrait Gallery. Une centaine de dessins, des portraits de cinq de ses proches et de lui-même. Celia, Gregory, Maurice, et la mère de l’artiste. On y lisait le passage plus ou moins ravageur du temps sur les chairs. Et l’évolution des sentiments du peintre — narrateur à l’égard de ses amis, amants, amante ? Sa relation privilégiée avec sa mère qui lui servit de modèle quand il illustra la Felicie de Un Cœur simple.

Sans Saint Simon, Proust n’aurait pas été le même écrivain.
Sans Picasso, Hockney ne serait pas le peintre qu’il est.
Sans Proust non plus.

Quelques œuvres de l’exposition Drawing from life

L’article David Hockney, Narrateur de son environnement est apparu en premier sur Proustonomics.

]]>
https://proustonomics.com/david-hockney-narrateur-de-son-environnement/feed/ 1 6246
Selon Henri Michaux https://proustonomics.com/selon-michaux/ https://proustonomics.com/selon-michaux/#comments Sat, 28 Mar 2020 05:30:00 +0000 https://proustonomics.com/?p=6253 Une nouvelle merveille du professeur Paul Strocmer : deux textes complètement inédits du grand poète inclassable Henri Michaux.

L’article Selon Henri Michaux est apparu en premier sur Proustonomics.

]]>
Monsieur Plume with Creases in his Trousers (Portrait of Henri Michaux) 1947 Jean Dubuffet 1901–1985 Purchased 1980) © ADAGP, Paris and DACS, London 2020

« Être enfermé, Michaux s’en fichait pas mal, du moment qu’il avait un bon stock de mescaline et son médecin personnel à portée » m’écrit crûment le professeur Paul Strocmer en m’envoyant ces deux inédits exceptionnels de l’auteur de La nuit remue. « Et oui » poursuit-il, « deux inédits, mais bien différents : d’abord le Michaux de Plume, très années 30, puis le mystique des années 60 ».


On est mieux chez soi

Un matin, Plume se mit à son balcon pour regarder la rue. ”Tiens, personne”, se dit-il. Les rues elles-mêmes semblaient absentes. ”Evidemment, sans rues…” Puis il voulut sortir de chez lui. En ouvrant la porte, il tomba nez à nez avec un individu d’apparence très officielle. ”On ne sort pas. On ne sort plus. N’approchez pas à moins d’un mètre et lavez-vous les mains. Surtout n’éternuez pas !” Plume allait protester contre cette atteinte évidente à sa liberté nasale, quand il vit, par-dessus l’épaule du mauvais plaisant, des millions d’animalcules tout ronds, couronnés d’une ceinture de lipides, qui le regardaient avides et menaçants, attendant très certainement un faux pas de sa part. ”Mieux vaut ne pas les contrarier”, pensa-t-il, pris d’une soudaine envie de… Et il referma la porte.


Stase contre l’invisible

Dans les fins
Dans les fins

Dans les confins
Dans les confinements infinis de l’instant

J’attends
J’arrête

Je stationne
Je désenvironne

Bouclier contre les innombrables particules hostiles
Enfermé malgré moi

Malgré l’émoi
Proie des devoirs, des lois

Cherchant
Avec mon peu de forces cherchant

À tâtons encore mais cherchant
Immobile

Dilatant les secondes, élargissant le temps
Des milliers de milliards d’anxiétés momentanées se ruant à l’assaut de ma stase parfaite

Engoncé dans l’hygiène infaillible de l’immobilité
À échapper

Au mal couronné qui se répand
Puissance, minuscule ô combien, mais puissance

Réfugiée dans l’infiniment petit
Dans l’ironie philosophique de sa demi-vie parasitaire

Puissante de guetter patiemment la réplication fatale
Le serrement de main de l’homme amicalement empressé

Le postillon de l’homme naïvement avide d’échanger avec ses semblables
L’effusion furtive du père ou de l’amant

Fenêtres ouvertes sur la fièvre et la mort…
Homme, coureur d’inutile, gouvernant mal, dépensant grand, voyant peu et court,
Que feras-tu de tes solitudes ?

L’article Selon Henri Michaux est apparu en premier sur Proustonomics.

]]>
https://proustonomics.com/selon-michaux/feed/ 2 6253
Selon Stéphane Mallarmé https://proustonomics.com/selon-mallarme/ https://proustonomics.com/selon-mallarme/#comments Sat, 28 Mar 2020 05:15:00 +0000 https://proustonomics.com/?p=6261 Nouvelle trouvaille du professeur Strocmer après les inédits de Proust et de Racine : un poème de Stéphane Mallarmé retrouvé.

L’article Selon Stéphane Mallarmé est apparu en premier sur Proustonomics.

]]>

Le professeur Paul Strocmer poursuit son travail de diffusion des inédits qu’il a mis des années à réunir. Voici un très beau sonnet, hermétique à souhait, de Stéphane Mallarmé — un auteur avec lequel Marcel Proust a entretenu des relations assez ambivalentes.

En ces jours oubliés d’un printemps maladif
Où de l’amer repos la torpeur insipide
Suscite, en le volet ouvert, l’horreur d’un vide,
Que dire à ce passant qu’abolit un pas vif ?

Maint signe partagé au couchant des oisifs
Chu d’un volet, claquant des mains, pour l’impavide
Exténué sauveur qu’orne un double bifide
Suffira-t-il à fuir nos sorts définitifs ?

Un homme confiné se souvient du Covide
Dix-neuf, bien qu’au seul nom de Coronavirus
Son heur déjà pâli s’enlaidît d’une ride !

Mais le calme des voies où manque l’autobus
L’angoisse en ce minuit : l’absence de tout signe
Le ramène aux écrans que notre ennui désigne.

L’article Selon Stéphane Mallarmé est apparu en premier sur Proustonomics.

]]>
https://proustonomics.com/selon-mallarme/feed/ 1 6261
Selon Jean Racine https://proustonomics.com/selon-racine/ https://proustonomics.com/selon-racine/#respond Sat, 28 Mar 2020 05:00:00 +0000 https://proustonomics.com/?p=6257 Jean Racine est l’auteur le plus cité d’À la recherche du temps perdu. Marcel Proust aurait sans douté été ému par ce fragment inédit de Bérénice, retrouvé, comble d’ironie pour le janséniste qu’était Racine, dans les archives d’un cloître jésuite par le professeur Strocmer. Ce fétichiste du manuscrit le dévoile […]

L’article Selon Jean Racine est apparu en premier sur Proustonomics.

]]>
I.D. Jean Racine (1639–1699), dramaturge. Cuivre. 1680. Paris, musée Carnavalet.

Jean Racine est l’auteur le plus cité d’À la recherche du temps perdu. Marcel Proust aurait sans douté été ému par ce fragment inédit de Bérénice, retrouvé, comble d’ironie pour le janséniste qu’était Racine, dans les archives d’un cloître jésuite par le professeur Strocmer. Ce fétichiste du manuscrit le dévoile pour la toute première fois.

BÉRÉNICE
Souffrez, seigneur, souffrez qu’en ce confinement
Que la rigueur d’un prince impose à nos moments
Titus à Bérénice épargne des blessures !

TITUS
Madame, entendez-moi : sans plus de confiture
Voulez-vous qu’au dehors s’aventurant Titus
Il s’affronte aux dangers du Coronavirus ?

BÉRÉNICE
Rome eût pu l’ordonner, Rome, et non Bérénice !

TITUS
Cruelle, faudra-t-il que pour vous j’aille à Nice ?

ARSACE, l’interrompant.
Nice est fermée, seigneur. On dit que d’un décret
Du funeste Estrosi nous subissons l’effet.

BÉRÉNICE
Hélas !

L’article Selon Jean Racine est apparu en premier sur Proustonomics.

]]>
https://proustonomics.com/selon-racine/feed/ 0 6257
Séquestrations proustiennes, un texte inédit de Thierry Laget https://proustonomics.com/sequestrations-proustiennes-de-thierry-laget-en-acces-gratuit/ https://proustonomics.com/sequestrations-proustiennes-de-thierry-laget-en-acces-gratuit/#respond Fri, 27 Mar 2020 06:20:00 +0000 https://proustonomics.com/?p=6125 Séquestrations proustiennes, un texte inédit de Thierry Laget en téléchargement gratuit dans la collection Tracts chez Gallimard.

L’article Séquestrations proustiennes, un texte inédit de Thierry Laget est apparu en premier sur Proustonomics.

]]>
Ce beau texte consacré aux figures de l’enfermement chez Adrien et Marcel Proust, publié dans la collection Tracts chez Gallimard, rebaptisée temporairement « Tracts de crise », est à télécharger gratuitement sur le site de l’éditeur.

Thierry Laget, romancier, auteur de Proust prix Goncourt une émeute littéraire (2019) et éditeur du Côté de Guermantes dans la Pléiade, vient enrichir d’un nouveau titre la collection de brefs essais d’actualité Tracts, réinventée en « Tracts de crise » pendant la durée du confinement. Les éditions Gallimard ont décidé d’offrir ces textes à télécharger au format epub ou PDF et livrés quotidiennement à heure fixe de la journée (parutions à 10h, 14h et 20H). Séquestrations proustiennes rejoint des contributions récentes de Pierre Jourde, Michel Crépu ou Johann Chapoutot et s’intéresse aux Proust père et fils. La séquestration forcée des malades (des « cholériques » notamment), selon le mot qu’Adrien Proust préférait à confinement, se réplique en claustration volontaire chez le fils, désormais archétype de l’écrivain polissant son œuvre dans l’obscurité et le silence : « Mais la séquestration est d’abord le moyen et le but suprême du romancier, lui-même séquestré pour mieux séquestrer son lecteur, telle Shéhérazade dans le palais du roi Chahriar. Le récit ne doit jamais s’interrompre et la claustration doit donc être éternelle. La distance entre le spectacle et la plume qui en rend compte n’est jamais assez grande, la nuit assez noire, le silence assez intense — c’est qu’il s’agit d’écouter des voix intérieures. »

Séquestrations Proustiennes de Thierry Laget (Tracts de crise, Gallimard 2020).

L’article Séquestrations proustiennes, un texte inédit de Thierry Laget est apparu en premier sur Proustonomics.

]]>
https://proustonomics.com/sequestrations-proustiennes-de-thierry-laget-en-acces-gratuit/feed/ 0 6125