Entretien avec Jérôme Bastianelli

Publié par Nicolas Ragonneau le

portrait de Jérôme Bastianelli

Commençons l’année 2020 de belle manière avec Jérôme Bastianelli qui fête ses deux ans de présidence de la Société des Amis de Marcel Proust (SAMP). Une présidence placé sous le signe de l’ambition, du renouveau et du dynamisme, avec des acquisitions et des événements importants. Il revient ici sur l’année 2019 et évoque les chantiers à venir.

Pour votre deuxième année à la tête de la Société des Amis de Marcel Proust et des Amis de Combray, vous avez été servi : ce millésime restera incroyablement riche en événements et parutions. À titre personnel, et avant que nous abordions les activités de la SAMP, que retiendrez-vous de l’année proustienne 2019 ?
Il est difficile de sélectionner quelques événements dans cette foison, mais, à titre personnel, je retiendrai par exemple l’accrochage, pour la première fois dans son histoire, du portrait de Marcel Proust par Jacques-Emile Blanche, aux murs de la maison de Tante Léonie, en avril ; l’achat par la Société de lettres inédites de Proust à Louis d’Albufera, en juillet ; la visite du Cabourg proustien en septembre, avec Jean-Paul Henriet — ancien maire de la ville, qu’il connait comme sa poche, et membre de notre conseil d’administration ; ainsi que le cours d’Antoine Compagnon sur Proust essayiste, au Collège de France — j’ai encore appris bien des choses.

L’exposition Proust prix Goncourt aura été le point d’orgue de l’année pour le Musée Marcel Proust. La fréquentation a été très soutenue à cette occasion. Pouvez-vous rappeler les chiffres des visites pendant l’expo et nous dire s’il y a eu un effet de traîne sur les visites après le décrochage ? 
En 109 jours d’exploitation, l’exposition Proust prix Goncourt, conçue en partenariat avec les éditions Gallimard, sur une idée de notre vice-président, Jean-Yves Tadié, a attiré à Illiers-Combray 6250 visiteurs, ce qui constitue, pour notre petit musée, un très beau résultat. A elles seules, les 10 journées du formidable “Printemps proustien”, en mai, ont fait venir 2600 personnes ! Il n’y a pas eu de véritable essoufflement puisqu’en août, dernier mois de présentation de cette exposition, nous avons encore reçu 1380 visiteurs. Au total, la fréquentation 2019 de la Maison de Tante Léonie atteint presque 9500 personnes (9399 exactement !), ce qui est un record. J’ajoute qu’une bonne partie de ces visiteurs sont repartis avec un ouvrage de Proust, ou sur Proust, acquis dans notre boutique, ce qui, évidemment, nous réjouit puisque l’une des missions de l’association est de promouvoir l’œuvre de l’écrivain.

Le prêt, par le Musée d’Orsay, du portrait de Proust par Jacques-Emile Blanche a demandé des efforts particuliers, tant sur le plan des ressources humaines que des finances.
Oui, ce fut une belle aventure, sur laquelle se penchèrent de nombreuses bonnes fées : Elodie Massouline, qui s’occupe de nos collections au titre d’un partenariat scientifique avec le Département d’Eure-et-Loir, Diana Gay, conseillère musée à la Direction régionale des Affaires culturelles, et Laurence des Cars, Présidente du Musée d’Orsay, qui s’est tout de suite montrée favorable à notre demande — et les équipes d’Orsay ont toutes été formidables. Pour autant, le convoiement et le gardiennage du tableau représentaient un coût que l’association ne pouvait pas supporter seule, et rien n’aurait été possible sans les mécènes réunis pour l’occasion : le Crédit Agricole Val de France, la Société des Hôtels Littéraires, la mairie et l’Intermarché d’Illiers-Combray, ainsi que M. François de Ricqlès. Mais quelle émotion lorsque le tableau a été accroché chez Tante Léonie ! Avez-vous vu le petit film tourné à ce moment-là ? On le trouve sur notre site Internet…

A‑t-on une idée de la fréquentation de l’exposition à la Galerie Gallimard ?
Elle est estimée à 3500 visiteurs, sur trente jours d’ouverture. Certains samedis, il y avait la queue dans la rue pour pouvoir entrer ! D’après Gallimard, il s’agirait de la plus importante fréquentation depuis l’ouverture de la Galerie il y a deux ans.

Et côté adhérents à la SAMP, a‑t-on observé un effet Goncourt dans la progression ?
Je ne sais pas s’il s’agit d’un effet Goncourt, mais il y a eu de nombreux nouveaux adhérents cette année, en effet, aux alentours de 20%. C’est sans doute en partie lié aux efforts de communication que nous menons, sur Internet, sur les réseaux sociaux par exemple, pour présenter nos diverses activités, nos acquisitions, nos manifestations et celles de nos partenaires. J’espère que nous connaitrons une progression similaire dans les années qui viennent. Pour développer nos actions, et pour permettre l’enrichissement des collections de notre musée, nous avons besoin du soutien de tous les proustiens ! Rappelons que la cotisation « normale » s’élève à 48 euros, dont les deux tiers sont déductibles de l’impôt sur le revenu.

Quels sont les principaux chantiers à venir pour la SAMP ?
Le principal chantier est celui de la rénovation de la Maison de Tante Léonie, à Illiers-Combray. C’est une opération complexe, parce que le bâtiment est classé, parce que la rénovation devra préserver au maximum l’ambiance XIXe siècle de cette demeure, et parce que, par endroits, les murs de la façade et les cloisons internes sont assez fragiles. Le conseil départemental d’Eure-et-Loir nous apporte un soutien précieux, tant sur le plan financier que sur celui de l’expertise technique. Si les pièces de la maison ne changeront pas d’aspect, les travaux auront également pour but de développer nos capacités muséales en créant de nouveaux espaces d’exposition dans le bâtiment adjacent à la demeure « historique ». Cela nous permettra de mieux faire connaître l’œuvre et la vie de Proust, et de proposer davantage de manifestations temporaires, autour, par exemple, des peintres qu’il a connus.

On peut en outre penser à de nombreux autres chantiers pour l’association : développer notre notoriété auprès des jeunes lecteurs de Proust (il y en a, dès le lycée : nous avons par exemple créé une catégorie « scolaire » dans notre concours de pastiches proustiens, et ramené la cotisation « moins de 26 ans » de 24 à 10 euros), encourager les manifestations évoquant son œuvre, faire vivre notre collection (nous allons ainsi prêter des tableaux et des manuscrits au musée Carnavalet et au musée Henner), recenser sur notre site Internet, de la manière la plus exhaustive qui soit, tous les événements proustiens, qu’ils aient lieu en France ou à l’étranger… et j’en oublie !

Quelle est la durée estimée des travaux dans le musée et comment assurer cependant des visites des collections ?
Les travaux devraient durer une vingtaine de mois. J’espère que nous pourrons rouvrir, même partiellement, en juillet 2021, pour fêter le 150e anniversaire de la naissance de Proust. Pendant la fermeture, la mairie d’Illiers-Combray met à notre disposition une ancienne maison qu’elle vient d’acquérir en centre-ville, une grande demeure du XIXe siècle (Proust l’a sans doute connue), avec un magnifique jardin. Nous pourrons y accueillir les visiteurs, leur montrer quelques pièces de notre collection, des objets, des manuscrits, des tableaux. Ce sera également pour nous l’occasion de présenter les travaux en cours et d’organiser quelques manifestations.

Il y a désormais une boutique sur le site, avec notamment une souscription pour le livre de Jean-Paul Henriet à paraître chez Gallimard. Est-ce que ce type d’opération pourra se renouveler à l’avenir ?
Il y avait déjà une boutique sur l’ancien site Internet, qui proposait les ouvrages publiés par la Société, les Bulletins annuels par exemple, ainsi que quelques cartes postales. Le site ayant été complètement revu, grâce au talent de l’un de nos adhérents — et désormais administrateur, Eric Unger —, cette boutique se présente sous une nouvelle forme, plus agréable, plus moderne. Nous n’avons pas vocation à proposer des livres qui se trouvent facilement dans le commerce, mais, outre les ouvrages que nous avons produits, nous pouvons relayer des souscriptions annoncées par d’autres éditeurs. C’est le cas pour le livre de Jean-Paul Henriet. Son ouvrage Proust et Cabourg résume, avec de nombreuses illustrations d’époque, toute une vie de recherches sur ce sujet. Et Jean-Paul nous annonce même quelques révélations sur les fréquentations de Proust durant ses séjours en Normandie !

Vous avez été aussi un animateur littéraire de cette année d’exception, en publiant votre premier ouvrage de fiction, La vraie vie de de Vinteuil, chez Grasset. Comment cette idée a‑t-elle germé ?
C’est finalement une idée assez simple : appliquer à Proust, ou plutôt à Vinteuil, ce que j’avais déjà fait en écrivant des biographies de compositeurs. Cela répondait à une petite frustration, certes sciemment provoquée par Proust : celle de rien savoir, ou alors si peu, sur ce compositeur fabuleux. J’ai voulu écrire quelque chose d’aussi plausible que possible, y compris sur l’absence de traces de ce Vinteuil dans les archives de l’époque, en m’appuyant sur l’histoire musicale et politique de la France au XIXe siècle. C’était le livre que j’avais envie de lire, et comme il n’existait pas, je l’ai écrit. Et je remercie Charles Dantzig, des éditions Grasset, de l’avoir accepté avec beaucoup d’enthousiasme.

Est-ce que cette entrée dans le domaine du roman aura une suite (je ne parle pas forcément de Proust) ?
J’y réfléchis, bien sûr, y compris sur d’autres sujets potentiellement en lien avec Marcel Proust. Mais entre mes activités importantes au musée du quai Branly-Jacques Chirac, la présidence de la société des amis, les critiques de disque que j’écris pour Diapason chaque mois depuis près de vingt ans et les différents textes que l’on me commande pour des revues, sans parler de ma vie de famille, les projets de roman ont le temps de mûrir !

Rejoindre la Société des Amis de Marcel Proust : https://www.amisdeproust.fr/fr/

Remerciements à Frédéric Lipzyc qui nous permet d’utiliser ses belles photos : https://live-photographe.com/


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