Selon Henri Michaux

Publié par Paul Strocmer le

Monsieur Plume with Creases in his Trousers (Portrait of Henri Michaux) 1947 Jean Dubuffet 1901–1985 Purchased 1980) © ADAGP, Paris and DACS, London 2020

« Être enfermé, Michaux s’en fichait pas mal, du moment qu’il avait un bon stock de mescaline et son médecin personnel à portée » m’écrit crûment le professeur Paul Strocmer en m’envoyant ces deux inédits exceptionnels de l’auteur de La nuit remue. « Et oui » poursuit-il, « deux inédits, mais bien différents : d’abord le Michaux de Plume, très années 30, puis le mystique des années 60 ».


On est mieux chez soi

Un matin, Plume se mit à son balcon pour regarder la rue. ”Tiens, personne”, se dit-il. Les rues elles-mêmes semblaient absentes. ”Evidemment, sans rues…” Puis il voulut sortir de chez lui. En ouvrant la porte, il tomba nez à nez avec un individu d’apparence très officielle. ”On ne sort pas. On ne sort plus. N’approchez pas à moins d’un mètre et lavez-vous les mains. Surtout n’éternuez pas !” Plume allait protester contre cette atteinte évidente à sa liberté nasale, quand il vit, par-dessus l’épaule du mauvais plaisant, des millions d’animalcules tout ronds, couronnés d’une ceinture de lipides, qui le regardaient avides et menaçants, attendant très certainement un faux pas de sa part. ”Mieux vaut ne pas les contrarier”, pensa-t-il, pris d’une soudaine envie de… Et il referma la porte.


Stase contre l’invisible

Dans les fins
Dans les fins

Dans les confins
Dans les confinements infinis de l’instant

J’attends
J’arrête

Je stationne
Je désenvironne

Bouclier contre les innombrables particules hostiles
Enfermé malgré moi

Malgré l’émoi
Proie des devoirs, des lois

Cherchant
Avec mon peu de forces cherchant

À tâtons encore mais cherchant
Immobile

Dilatant les secondes, élargissant le temps
Des milliers de milliards d’anxiétés momentanées se ruant à l’assaut de ma stase parfaite

Engoncé dans l’hygiène infaillible de l’immobilité
À échapper

Au mal couronné qui se répand
Puissance, minuscule ô combien, mais puissance

Réfugiée dans l’infiniment petit
Dans l’ironie philosophique de sa demi-vie parasitaire

Puissante de guetter patiemment la réplication fatale
Le serrement de main de l’homme amicalement empressé

Le postillon de l’homme naïvement avide d’échanger avec ses semblables
L’effusion furtive du père ou de l’amant

Fenêtres ouvertes sur la fièvre et la mort…
Homme, coureur d’inutile, gouvernant mal, dépensant grand, voyant peu et court,
Que feras-tu de tes solitudes ?


2 commentaires

Guz · 28 mars 2020 à 6 h 53 min

Un grand Merci au Professeur Paul Strocmer pour toutes ses contributions matinales

🤩

Madame Sans-Gêne · 6 avril 2020 à 18 h 05 min

Cher monsieur Strocmer,
comme disait mon ancêtre Rosalie (ai-je oublié de vous précisez que nous sommes Proute!ologues de mères en filles depuis les Temps Eclairés?):
 » La Proute!ologie est un art mineur, pour les cas de force majeure ».
A vous lire, la poésie aussi !
Madame Sans-Gêne

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