La Recherche : les couvertures au télescope

Published by Nicolas Ragonneau on

  • Couverture Du Côté de chez Swann
  • Couverture A l'ombre des jeunes filles en fleurs
  • Couverture Le Côté de Guermantes
  • Couverture Sodome & Gomorrhe
  • Couverture La Prisonnière
  • Couverture Albertine disparue
  • couverture du livre le temps retrouvé de Marcel Proust

« On ne sait pas encore, on ne peut pas savoir encore, mais on verra peu à peu Combien Proust est grand. Les découvertes qu’il a faites dans l’esprit et dans le cœur humains seront considérées un jour comme aussi capitales et du même ordre que celles de Kepler en astronomie, de Claude Bernard en physiologie ou d’Auguste Comte dans l’interprétation des sciences. » Jacques Rivière, NRF, 1er décembre 1922

C’est par ces mots prophétiques et d’une étonnante intuition que Jacques Rivière a tenu à saluer la disparition de son ami Marcel Proust. La référence aux sciences, et plus particulièrement à l’astronome Johannes Kepler, qui a perfectionné le télescope, ne doit rien au hasard. Proust avait une prédilection pour les métaphores optiques, et précisément pour cet instrument qui revient souvent dans sa correspondance.
Le mot télescope n’apparaît en revanche que deux fois dans la Recherche, dans Du côté de chez Swann et, évidemment, dans les pages ultimes du Temps retrouvé :

« Même ceux qui furent favorable à ma perception des vérités que je voulais ensuite graver dans le temple, me félicitèrent de les avoir découvertes au « microscope « , quand je m’étais au contraire servi d’un télescope pour apercevoir des choses, très petites en effet, mais parce qu’elles étaient situées à une grande distance, et qui étaient chacune un monde. »

Une aubaine graphique


En outre et au printemps 1922, Rivière avait eu droit à la lecture de L’Esthétique de Marcel Proust, un texte envoyé à la NRF par Christian Melchior-Bonnet, que Rivière avait refusé mais dont il ignorait que son auteur était Marcel Proust lui-même, comme le rapporte Michel Schneider dans son livre L’Auteur, L’Autre — Proust et son double (Gallimard, 2014). Dans ce texte, Proust utilise le verbe « féliciter » et la même image, qui annonce la toute fin du Temps retrouvé :

« À un critique fort remarquable qui le félicitait de la finesse de son microscope  » C’est plutôt d’un télescope que je me sers  » répondit M. Proust. ».

Graphiquement, une telle image est une aubaine ; elle n’a pourtant jamais été explorée, littéralement, sur des couvertures. En parcourant le site de la Bnf, Gallica, je suis tombé sur cette photographie de 1926 (soit un an avant la parution du Temps retrouvé) qui montre les préparatifs de l’Observatoire de Greenwich pour observer la planète Mars. J’ai utilisé cette image en déclinant les couleurs à la manière d’un vitrail, dans l’esprit pop du design graphique de la fin des années 60, tout en injectant un peu d’Art Nouveau par la typographie.
Cet homme moustachu et élégant, confortablement installé devant son optique comme un astronaute prêt au grand voyage dans l’espace-temps — mais qui se cramponne cependant au garde-corps —, n’est-ce pas un peu Marcel Proust ?

Polices de caractères : Rig Solid Medium Field (titres) ; Lancelot (auteur & tomaison)


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