Distance et durée de La Recherche du temps perdu

Publié par Nicolas Ragonneau le

Montre à gousset de Marcel Proust
Montre à gousset ayant appartenu à Marcel Proust. Paris, musée Carnavalet.

On trouve les chiffres les plus fantaisistes sur le nombre de mots et de caractères d’ À la recherche du temps perdu (la plupart du temps sur Internet), de même que sur le temps qu’il faut pour lire ce roman-monstre. Voici quelques éléments quantitatifs de distance et de durée, pour y voir un peu plus clair et lutter contre bien des idées reçues et des élucubrations. Cependant la dimension hyperbolique de cette fiction proposent de sérieux défis éditoriaux. L’économie d’un texte, quand il est aussi long que celui de Proust, est une affaire d’économie, au sens le plus large du terme.

Distance de la Recherche

« Devant la folie de la production contemporaine, nous devenons sceptiques, reculons d’effroi en présence d’un livre un peu long ; notre attention ne se soutient guère au-delà des limites d’un conte, d’un article ; or, voici un volume de cinq cents pages, dru, pesant, plus noir que blanc, sans chapitres, qu’on nous présente comme un chef-d’œuvre : il n’y a pas à reculer, il faut le lire. »

Cette appréciation pourrait avoir été formulée par le théoricien de l’économie de l’attention, Georg Franck, en 1990, ou en 2015 par Christian Salmon l’auteur de Storytelling (La Découverte, 2007), ou encore par Yves Citton, le spécialiste suisse de la question (voir Pour une écologie de l’attention au éditions du Seuil, 2014). Mais il n’en est rien : ce jugement, incroyablement actuel et péremptoire, est l’œuvre du peintre Jacques-Emile Blanche, et plus précisément l’incipit d’un article qu’il consacre à Du Côté de chez Swann dans L’Écho de Paris du 15 avril 1914 (Portrait de Marcel Proust en jeune homme, Bartillat, 2014) .

Des données variables

Et encore à cette époque n’était-il seulement question que du premier tome de La Recherche, où nul n’imaginait, ni même Marcel Proust, que le roman-fleuve finirait par dépasser les 3000 pages (un chiffre évidemment variable selon les éditions et la mise en pages retenue) et compterait de 1300000 mots à 190000 mots selon les décomptes des différentes éditions que l’on trouve dans divers articles en ligne.
A 1,3 millions de mots on aboutit à un total de 7,15 millions de signes (en prenant la base de 5,5 signes en moyenne pour un mot en français) ; à 1,9 millions de mots, on arrive à 10,45 millions de signes.
Selon mon propre décompte manuel de l’édition Quarto, le nombre de signes s’élève à 7,6 millions (espaces comprises).
Et puis, il y a quelques mois, la chercheuse Pyra Wise de l’ITEM m’a transmis la version Word de l’édition princeps de la Recherche, celle qui a paru de 1913 à 1927. Le compteur automatique de Word indiquent les chiffres suivants :
– 1 231 972 mots
– 7 234 875 caractères, espaces comprises. Soit près de 7,3 M de signes.

Génétique et état du texte

Entre l’édition princeps et l’état actuel du texte, issue de l’édition de Jean-Yves Tadié, le delta est d’environ 300000 signes. Le chiffre avancé de 1,9 M de signes est donc, dans un cas comme dans l’autre, tout à fait fantaisiste. La différence de plus ou moins 300000 caractères s’explique par l’établissement de la nouvelle édition et par l’accès aux manuscrits rendu possible par l’entrée de l’écrivain dans le domaine public en 1987, mais c’est une longue et complexe histoire qui mériterait plusieurs articles en soi.
A titre de comparaison toujours, l’Ulysse de James Joyce compte ‘seulement’ 265000 mots, soit 4,9 fois moins (selon le décompte à 1,3 M de mots) que La Recherche, le roman le plus long de l’histoire littéraire moderne selon le Guinness des records.

La Recherche au km linéaire

Pour rester dans cette appréciation strictement quantitative, il est amusant d’imaginer la Recherche sans alinéa et composée avec la typographie de l’édition Folio sur une seule ligne, soit La Recherche vue dans l’espace comme une distance (une police de caractère différente et/ou plus ou moins forte modifierait bien sûr le résultat). Le mode de calcul est simple, par exemple pour l’édition Folio de 1987, qui est celle dans laquelle j’ai lu la Recherche pour la première fois : il suffit de multiplier la longueur d’une ligne justifiée (8 cm) par le nombre de lignes par page (43 lignes), soit 344 cm ou 3,4 m de texte par page, et enfin de multiplier ce chiffre par le nombre de pages de l’ensemble des volumes (figures 1 & 2).
Dans tous les cas les yeux du lecteur de la Recherche parcourent 10 km et 316 mètres de l’incipit à l’explicit (figure 2), de Longtemps à Temps, soit l’équivalent d’un peu plus de 2 h 30 de randonnée pour un marcheur en bonne condition, et sur terrain plat — ou l’équivalent de la longueur du fleuve Flora, de sa source jusqu’à l’océan.

Figure 1 : La recherche en mètres linéaires
Statistiques : distances comparées
Figure 2 : Quelques comparaisons de distances entre différents points

Économie de la composition

Ce calcul, qui paraît anecdotique, ne l’est absolument pas si l’on adopte le point de vue d’un éditeur et si on considère l’économie éditoriale de la Recherche dans son ensemble, tandis qu’elle nous éclaire sur le travail dantesque de l’écrivain sur ses paperolles, dont certaines font près de 2 m de hauteur. Ainsi, en changeant la composition, par exemple, de l’édition Folio 1987 du Temps retrouvé de 43 lignes par page à 38 lignes  par page, on génèrerait 46 pages de composition supplémentaires — 46 pages qui, évidemment, représentent un coût papier non négligeable. Étant donné que le Temps retrouvé est un des volumes les plus courts de la Recherche, cela signifie que 5 tomes de la Recherche présenteraient a minima 46 pages supplémentaires en adoptant cette composition plus foisonnante, rendant l’ensemble plus coûteux et moins ergonomique.

Les temps de la Recherche

« La vie est trop courte et Proust est trop long » disait Anatole France, paraphrasant la maxime latine Ars longa, vita brevis. Et le frère de Marcel, Robert Proust, déplorait aussi, bien après la parution des trois derniers tomes de La Recherche, qu’on ne la lise que contraint et forcé par l’immobilisation d’une longue maladie ou d’une jambe cassée. Ce médecin savait de quoi il parlait, mais il ne croyait peut-être pas si bien dire : l’écrivain et peintre polonais Józef Czapski raconte avoir lu la Recherche « grâce à une fièvre typhoïde » — et non à cause de cette maladie (Proust contre la déchéance, Libretto, p.15).  C’est aussi la maladie et la réclusion qui permettent à Bruno, le héros d’Une lecture de Roland Cailleux, de dévorer la Recherche.

Des vitesse de lecture hétérogènes

La question du temps consacré à la lecture de la Recherche est très relative, complexe, à la fois futile et fondamentale. Savoir combien de temps prend la lecture d’un livre dont le principal sujet est le Temps lui-même ne peut que s’avérer riche en enseignements. Mais il faut évidemment considérer qu’il existe plusieurs rythmes de lecture de La Recherche pour un même lecteur. En effet, les passages plus ou moins ardus, comme on dit en montagne, rendent le rythme de lecture hétérogène : on ne lit pas les premières pages de Combray à la même vitesse que celles d’Un amour de Swann, plus linéaires, moins denses. On ne lit pas non plus les parties dialoguées entre les personnages à la même vitesse que les pages les plus gnomiques du Temps retrouvé.

La Recherche est un fleuve court mais profond

Le roman-fleuve n’a jamais autant mérité son nom que si on le considère comme une distance kilométrique, avec sa succession de méandres, ses accélérations soudaines, ses calmes (on parle de « miroir » pour évoquer les parties inertes des rivières), ses retenues, ses tributaires, ses confluences, ses moments transparents (le propre d’une rivière calcaire) ou plus opaques (le propre d’une rivière granitique, couleur de thé), ses parties superficielles ou profondes, ses passages en ville ou en pleine campagne, son mascaret (la marée qui inverse le courant, l’embouchure qui coule vers sa source, comme la structure de la Recherche elle-même). Et si la Recherche était bel et bien un fleuve, ce serait sans aucun doute le fleuve Flora en Bretagne, d’une longueur quasi égale, à une centaine de mètres près (Figure 2). Ajoutons enfin que la critique française rechigne à parler de stream of consciousness dans le cas de Proust, ce que les Britanniques font sans beaucoup d’état d’âme.

Durées de la Recherche

Il convient également d’opposer la lecture d’étude et la lecture récréative, la seconde étant forcément plus rapide et entièrement livrée au plaisir de la narration et permettant d’atteindre une vitesse de croisière une fois lancés dans l’ouvrage, vitesse qui ne peut se trouver qu’en lisant l’ensemble de la Recherche sans pauses trop prolongées. Si on prend comme référence quelques comédiens professionnels qui ont lu la Recherche à haute voix, on peut se faire une idée plus précise du rythme et du temps à accorder à cette entreprise.

  • Jean-Louis Trintignant lit les 4 premières pages de la Recherche (Folio) en 10’50, soit 650 secondes. (Ed. des femmes Antoinette Fouque, 1987).
  • Daniel Mesguisch lit les 4 premières pages de la Recherche (Folio) en 10’38, soit 638 secondes. (Frémeaux et associés, 2013).

Avec l’intégralité de la Recherche lue en livre audio par André Dussollier, Lambert Wilson, Robin Renucci, Guillaume Gallienne, Denis Podalydès et Michaël Lonsdale (éditions Thélème), on obtient les détails suivants :

  • Du Côté de chez Swann 🕒 17 h 25
  • A l’ombre des jeunes filles en fleurs 🕒 22 h 13
  • Le Côté de Guermantes 🕒 23 h 04
  • Sodome et Gomorrhe 🕒 21h17
  • La Prisonnière 🕒 17h09
  • Albertine disparue 🕒 11h42
  • Le Temps retrouvé 🕒 15h07
  • La Recherche du Temps perdu 🕒 127h47

15 ans pour l’écrire, 2 mois pour le lire

Imaginons un lecteur adoptant ce rythme de lecture qui consacre 2 heures par jour au roman de Proust et qui s’impose, comme un athlète, cette ascèse sans jamais y déroger : 64 jours seraient alors nécessaires pour y parvenir, soit un peu plus de deux mois. Il est peu probable que cette sorte de lecture de La Recherche soit fréquente, même si c’était celle de l’écrivain américain Shelby Foote, qui a lu neuf fois le roman dans son intégralité :

Je me suis toujours donné une récompense après avoir fini quelque chose d’important et la récompense que je me donne est toujours la même. Je lis À la recherche du temps perdu , c’est mon grand prix […] c’est comme des vacances de deux mois parce que c’est le temps qu’il faut pour lire Proust. J’aime mieux cela que d’aller à Palm Beach.

Shelby Foote, Conversations with Shelby Foote (traduction Bill Carter)

Une lecture discontinue avec des périodes d’arrêt et de reprise, s’étalant sur plusieurs mois, voire plusieurs années, paraît désormais plus recevable et pas moins recommandable.

Des durées fantaisistes

Ces « lecteurs professionnels », les comédiens, font une lecture sans accroc (du moins une fois l’ensemble enregistré, monté et mixé), continue et fluide qui ne peut cependant se comparer totalement à la lecture de la Recherche par des lecteurs silencieux, ou des lecteurs ordinaires (je reviendrai dans un autre article sur cette notion). Pour être un peu plus proche de la vérité d’une lecture intégrale par un lecteur ordinaire, il conviendrait de rajouter sans doute entre 3 et 5 heures aux 127 h 47 du livre audio publié par Thélème, soit une durée de lecture totale comprise entre 131 et 133 heures.
Aussi le chercheur Paul Greenberg (spécialiste de l’écologie marine), qui avance sur le site du New York Times le chiffre de soixante et onze heures et demie pour lire la Recherche (en s’appuyant sur une étude de Mark Seidenberg), est-il très loin du compte. Cette information a été très largement relayée par les médias français en ligne, sans aucune vérification d’aucune sorte. Il se trompe encore davantage qu’on ne croit car, contre toute attente, la version anglaise de Scott Moncrieff est plus longue que le texte d’origine (ce qui est plutôt rare, car le français est une langue plus longue que l’anglais si on s’en tient à la longueur moyenne des traductions dans un sens comme dans l’autre : on dit que le français foisonne).
Sorry Mr. Greenberg, I think you are a smart and nice man but… regarding Proust you are wrong!

Games of Thrones vs. La Recherche

Toujours est-il qu’on peut opposer à quelqu’un qui trouverait cette lecture bien trop longue et qui prétendrait, à coups d’arguments spécieux, ne pas avoir suffisamment de temps libre, que la série télévisée Game of Thrones, à  titre de comparaison, compte 79 épisodes pour plus de 76 heures de programme, tandis que Lost, une autre série culte, mais diffusée au début des années 2000, compte 120 épisodes pour 84 heures. Quand on connaît la tendance au binge-watching actuel, 131 heures de lecture n’est pas une épreuve aussi insurmontable qu’on veut bien le dire, même si, j’en conviens, le visionnage de ces séries ne demande pas tout à fait la même attention que la lecture de la Recherche.

Une lecture plus lente en version numérique

Cette lecture de la Recherche, en version numérique, prendrait davantage de temps que dans sa version papier, les spécialistes de la lecture numérique estimant qu’une lecture sur écrans prend 25% de temps supplémentaire — soit non plus 131 heures mais plutôt autour de 196 heures. Les travaux de Thierry Baccino, le directeur du LUTIN, ont montré que la lecture sur écrans est effectivement moins efficace que la lecture sur support papier, pour plusieurs raisons : les caractères numériques ne sont pas pleins et laissent traverser la lumière (c’est vrai de la lecture sur tablette rétroéclairée mais pas de celle sur liseuse à encre numérique), les pages ne peuvent reproduire la blancheur parfaite du papier, et le rayonnement de l’écran fatigue la vue.

On demande la mémoire spatiale

Enfin, un des principaux problèmes de la lecture sur écran — et un problème majeur en ce qui concerne spécifiquement  la lecture de la Recherche — est la détérioration de la « mémoire spatiale » du livre, c’est-à-dire notre capacité à retrouver dans le livre un mot, une occurrence, un passage. Avec une lecture sur une page dont le format est fixe, l’œil « photographie » plus facilement la composition et permet de retrouver ce que l’on y recherche, même si on ne sait pas précisément quoi. À l’inverse, le livre numérique, en autorisant une recomposition dynamique de la page (en grossissant ou en diminuant la taille des caractères notamment) brouille tous les repères spatiaux d’un livre physique. Dans un livre aussi long et foisonnant que la Recherche, autant dire qu’il s’agit là d’un argument important en faveur de la version papier.



4 commentaires

Aurellyen · 13 juin 2019 à 21 h 29 min

Merci beaucoup pour ces précisions quantitatives, qui vont droit au cœur de mon esprit cartésien. Je m’insurge cependant de la présentation biaisée que vous faites de la lecture sur écran. J’ai en effet lu une fois et quelques la Recherche sur un organiseur électronique d’abord, un ordiphone ensuite. Ce fut dans le métro, en trajets pendulaires de région parisienne, pendant si je m’en souviens bien un an, lectures entrecoupées des correspondances et des messages lus et composés sur le même appareil.
Depuis j’ai lu aussi de cette façon les Mystères de Paris, dont la découpe originelle en feuilleton quotidien de journal est tout à fait adaptée aux trajets métro-boulot-dodo dans le sous-sol parisien.
Evidemment, ce ne sont pas des conditions idéales.
Mais je n’aurais pas lu la Recherche autrement. Mon déclic fut en effet quand je me rendis compte que je perdais mon temps dans le métro. Potache, j’ai alors trouvé très spirituel de faire le rapprochement en un jeu de mot : je perds mon temps, donc c’est le moment de lire à la recherche du temps perdu…

    Nicolas Ragonneau · 13 juin 2019 à 23 h 26 min

    Cher Jean-Christophe, j’avoue que j’ai du mal à évaluer la part d’ironie qui se love dans votre réponse. En effet, je ne sais ce qu’est un organiseur électronique ni un ordiphone mais ne demande qu’à apprendre.
    Par ailleurs, même si je ne cache pas mon hostilité à la lecture de littérature sur écrans, il me semble que j’avance ici des arguments scientifiques, fondés sur de sérieuses et solides études, et non des préférences discutables.

Aurellyen · 14 juin 2019 à 16 h 32 min

Bonjour,
Ordiphone : smartphone. Organisateur électronique : les anciens Palm pilot par exemple, bref une génération informatique avant les smartphones, des engins pas plus gros que les ordiphones, qui permettaient les téléchargements de fichiers et synchronisations d’agendas et d’annuaires mais qui ne téléphonaient pas ni ne prenaient de photos.
Je me méfie des “arguments scientifiques” à propos de la lecture électronique. En ces matières de pénétration sociale de nouveaux usages, il faudrait synthétiser beaucoup d’études en “méta-analyses” pour se faire une idée des tendances.
Sur les deux points que vous citez, je ne contesterais pas, car n’ayant pas mesuré moi-même, la relative lenteur de la lecture électronique ; mais je ne contesterais pas non plus une étude montrant qu’un grand habitué électronique lise plus vite ainsi qu’avec un livre. Et à mon âge, je sais que je ne peux pas lire rapidement la Pléïade, dont les caractères sont trop petits. J’ai ainsi abandonné “Jean-Christophe” (que vous citez) sur l’exemplaire de mes parents, et ne l’ai enfin lu que sur mon ordiphone.
Mais je conteste l’autre argument, bien que très proustien, qui est la spatialisation mémorielle. Aimant, usant et abusant des deux supports (en gros papier le soir et électronique la journée), je retrouve bien plus facilement un passage, mot ou phrase avec les outils de recherche électronique qu’avec un souvenir physique dans un livre.
C’est question d’usages et d’opportunités différentes qu’offrent les deux types de support. Et en définitive de choix et gouts personnels puis sociaux. Je ne ferais ici pas la liste des avantages et désavantages comparés et subjectifs in fine, étant de toute façon adepte des deux.
Ce ne sont que des remarques légères sur un point de votre publication, qui, sans ironie, qu’a beaucoup intéressé sur tous les autres aspects quantification : vive Proustonomics !
Amitiés proustiennes

    Nicolas Ragonneau · 14 juin 2019 à 19 h 09 min

    Oui, les déficiences visuelles qui me touchent aussi hélas plaident en faveur des versions numériques, c’est un fait. Mais encore faut-il faire la distinction entre les écrans rétroéclairés et les liseuses à encre numérique, les premiers étant plus nocifs que les secondes.
    Amitiés

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